PROBST, J.M. 1998. Le Butor ou Héron vert strié Butorides striatus. Bull. Phaethon, 7 : 30-31.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1998, 7 : 30-31.

Fiche « patrimoine naturel à protéger »

Le Butor ou Héron vert strié Butorides striatus

Jean-Michel Probst*

* Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane, 97 419 La Possession

L’oiseau décrit ci-après est une espèce d’oiseau d’eau de l’Ordre des Ciconiiformes. Il fait partie de la Famille des Ardeidae qui comporte 17 genres, 62 espèces et 149 taxons dans le monde, dont 27 se rencontrent dans l’Océan Indien. Le Butor ou Héron strié est une espèce endémique de la région Afro-malgache (Mascareignes et Madagascar).

BUTOR
Butorides striatus  Linnaeus, 1758
Français : Héron strié, Héron vert, Héron à dos vert, Blongios vert, “Crabier”, “Poule sultane”.
Anglais : Green Heron, Green-backed Heron.
Allemand : Mangrovereiher.
Espagnol : Garcita oscura.

Distribution dans l’Océan indien.
B. s. atricapilus  (Afzelius, 1804) - Pemba et Zanzibar.
B. s. brevipes  (Ehrenberg, 1833) - Abd el Kuri, Socotra.
B. s. crawfordi  (Nicoll 1906) - Aldabra et Amirantes et Agaléga.
B. s. rhizophorae (Salomonsen, 1934) - Archipel des Comores.
B. s. dejens  (Hartert, 1920) - endémique des Seychelles.
B. s. albolimbatus  (Reichenow, 1900) - Diego Garcia, Chagos et Maldives.
B. s. chloriceps  (Bonaparte, 1855) - Laquedives, Sri Lanka, Inde.
B. s. javanicus  (Horsfield, 1821) - Thaïlande, Malaisie.
B. s. spodiogaster  (Sharpe, 1894) - Andamans, Nicobars, îlots de Sumatra.
B. s. rutenbergi  (Hartlaub, 1880) - Madagascar, La Réunion, Maurice, Rodrigues.


DESCRIPTION. Longueur : 35-48 cm ; Envergure : 52-60 cm. Poids : 135-250 g.

Adulte. Dimorphisme sexuel non perceptible. Dessus de la tête, noir, à reflets métalliques vert ; huppe retombante en arrière du cou ; mandibule supérieure du bec noir brillant, mandibule inférieure et lores jaune orangé ; iris jaune (nicheur : orange), dos gris brun avec de longues et fines scapulaires retombantes vert métallique ; ailes gris brun avec les rémiges vertes bordées de brun clair ; tarses et doigts jaunes (nicheur : tarses et doigts oranges).

Immature. Plumage à dominance brune parfois roux, ponctué de blanc ; dessus brun et dessous strié de brun et blanc ; iris jaune, bec brun clair.

IDENTIFICATION. Petit héron gris vert souvent immobile à côté de l'eau. Mesures de l’oiseau en main : Aile : 167-190 mm. Bec : 55-65 mm. Tarse : 44-47 mm. Queue : 57-70 mm.

VOIX. Cris grinçants et sonores « truek » ou « kria » lancé à l’envol ou au passage lorsqu’il est dérangé.

COMPORTEMENT. Le Butor se rencontre souvent isolé. Des petits groupes se constituent dans les zones de pêche. Craintif et discret, il s’envole précipitamment dès qu’un promeneur avance dans sa direction (toutefois, à Maurice ou à Rodrigues, il est possible de l’approcher jusqu’à une dizaine de mètres sans qu’il ne s’effraie). Il chasse généralement à l’aube et au crépuscule. Il peut toutefois se nourrir de jour comme de nuit. Il affectionne particulièrement les berges en pente douce des vasières et y chasse à l’affût, plus rarement, en poursuivant sa proie. Dans les zones d’eau profonde, il se poste généralement sur une branche ou sur un rocher émergé. Dans une zone aquacole de l’étang du Gol, les Butors se rencontrent tout au long du jour mais principalement le soir, au moment où le personnel quitte l’enceinte des bassins. La nuit, ils se nourrissent alors tranquillement autour des bassins ou des cuves d’alevinage si elles ne sont pas recouvertes de filets. La plupart des grands déplacements ont lieu au lever du jour, voire même en pleine nuit (ce qui a induit plus d’un touriste en erreur qui le prenait alors pour une Roussette noire Pteropus niger, aujourd’hui disparue).

NIDIFICATION. La reproduction a été constatée à La Réunion de juillet à février. La plupart du temps, il niche isolément, plus  rarement, en colonie lâche (maximum de 18 nids ensemble, en 1992 à l’étang du Gol). Le nid, en coupe, est installés dans des arbustes bas (Schinus terebentifolius, Acacia sp.). Il est caché dans la végétation et placé souvent au-dessus ou à proximité de l’eau. Il est constitué d’une frêle plate-forme de fines branchettes. La ponte de 2-6 œufs (34-39 x 25-29 mm) de coloration variable : généralement bleu vert profond, mais aussi bleu pâle ou blanc pur (1 seule observation). L’incubation assurée par les deux parents dure de 19 à 25 jours. Le premier envol des juvéniles est observé après une période de 35 à 39 jours.

MILIEU. Le Butor fréquente les étangs littoraux, les rivières, les marais, les estuaires, les ravines humides, les bassins aquacoles. Plus rarement on le rencontre le long des bassins de station d’épuration (Ermitage), ou parfois le long du bord de mer et des embouchures de rivières. Plus rarement, il fréquente également les zones ouvertes comme les prairies à Paspalidium pour se nourrir d’insectes et d’amphibiens. Pour nicher, on le rencontre dans les formations arbustives et arborées de Schinus et Tamarins et s’il n’est pas dérangé, dans des fourrés épineux des zones de forêt sèche littorale.

ALIMENTATION. Quasiment omnivore, le Butor se nourrit toutefois principalement de petits poissons (Oreochromis niloticus, Poecilia reticulata, Xyphorus hellerii, Kuhlia rupestris, Sicyopterus lagocehalus, Istiblenius sp.). Il capture également des insectes aquatiques (Notonectidae, Nepidae, Gerridae), des araignées (non déterminées), des crabes (d’eau douce Varuna litterata et de mer), des crustacés (crevettes, chevrettes, camarons Macrobrachium sp.) et des larves et adultes de batraciens (Bufo gutturalis, Ptychadena mascareniensis). Une observation de prédation indique une capture d’un petit reptile terrestre (Hemidactylus sp.). Dans d’autres régions, le Butor consommerait également des mollusques aquatiques.

STATUT ET REMARQUES. Le Butor est un oiseau d'eau indigène représenté par la sous-espèce B. s. rutenbergi. Il a été signalé pour la première fois à La Réunion vers 1860. Aucun ossement n’ayant été découvert dans les sites de fouilles, il est probable que cette espèce a colonisé récemment notre île (depuis environs 150 ans). Aujourd’hui, cet oiseau fréquente principalement les milieux d’eau douce de basse altitude ainsi que le bord de mer. Localement commun dans les trois étangs littoraux, il reste peu répandu si l’on se réfère à la densité de la population mauricienne. Il est cependant en augmentation certaine dans toute l’île depuis les observations de 1980. La population de l’étang du Gol a fait l’objet de plusieurs comptages. Elle est certainement la plus importante de l’île et a été estimée à environs 60 individus. Le Butor est inscrit sur la liste des espèces protégées (Arrêté ministériel du 17 février 1989).

REFERENCES. Ali & Ripley, 1978 ; Barré, 1983 ; Barré & Barau, 1982 ; Barré, Barau & Jouanin, 1996 ; Brown, Urban & Newman, 1992 ; Cheke, 1987 ; Del Hoyo, Elliott & Sargatal, 1992 ; Langrand, 1995 ; Louette, 1988 ; Michel, 1986 ; Olivier, 1891 ; Penny, 1982 ; Probst, 1995, 1997 ; Staub, 1973.

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