PROBST, J.M. 1998. Les Scincidae disparus de La Réunion. Bull. Phaethon, 7 : 1-4.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1998, 7 : 1-4.

Les Scincidae disparus de La Réunion :
le Grand Scinque Leiolopisma sp.
le Scinque de Bojer Gongylomorphus bojeri
et le Scinque de Bouton Cryptoblepharus boutonii

Jean-Michel Probst*

*Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane, 97 419 LA POSSESSION

GRAND SCINQUE

Leiolopisma borbonica (nov. sp.)
Nom ancien : (aucun)
Anglais: Reunion Geant Skink.

TÉMOIGNAGES. Aucun.

ILLUSTRATIONS. Aucune de l'époque. Une interprétation récente, illustrée d’après une photographie du Scinque de Telfair, est représentée ci-dessous (Probst, 1995).


MATÉRIEL SCIENTIFIQUE. Quelques ossements trouvés à la Grotte des premiers français, à Saint-Paul (1 tibla droit, 1 humérus droit partiel, 1 fragment de mandibule droite avec 29 dents).

DATE DE DISPARITION. Inconnue.

DESCRIPTION. Longueur présumée : environ 35 cm.
Adulte : Dimorphisme sexuel non perceptible. Probablement très proche du Scinque de Telfair de Maurice.

COMPORTEMENT. Espèce territoriale vivant probablement en petits groupes épars en conservant une distance entre chaque congénère ; se déplaçant généralement à terre, on le rencontrait peut-être parfois à faible hauteur sur les troncs de palmiers ou dans les Vacoas penchés.

MILIEU. Ce grand scinque fréquentait probablement la plupart des zones littorales et la forêt sèche de l'ouest de l'île.

ALIMENTATION. Il se nourrissait à la fois de fruits et d'insectes. Le régime alimentaire de cette espèce devait être sensiblement le même que l'espèce mauricienne : fruits de palmiers (Hyophorbe sp. Latania sp.) de Vacoas (Pandanus sp.), insectes (Chéleutoptères, Homoptères, Diptères, Hyménoptères, Coléoptères), araignées. Il est possible que les adultes capturaient également de jeunes geckos diurnes : Phelsuma sp., de jeunes scinques Gongylomorphus bojeri y compris les jeunes de sa propre espèce. Enfin il se nourrissait occasionnellement de nectar de fleurs ou de cadavres d'oiseaux.

STATUT ET REMARQUES. Le grand scinque endémique de La Réunion appartenait à la famille des Scincidae. Une espèce proche, le Scinque de Telfair L. telLairii (Desjardins, 1831), que l'on rencontre sur l'île Ronde, a une population estimée entre 4000 5000 individus. Le tibia droit d'un individu de la Réunion, comparé à celui d'un individu actuel de l'île Ronde, montre des tubercules plus développés (Arnold, 1980). La disparition de cette grande espèce est probablement due aux rats et aux chats.

SCINQUE DE BOJER
Gongylomorphus bojeri (Desjardins, 1831)
Nom ancien: Lézard de terre.
Anglais: Bojer's Skink.

TÉMOIGNAGES.

BORY DE ST VINCENT, 1801 : « Elle habite les chemins et les galets ».

MAILLARD, 1863 :
« Lézard de terre (Gongylus bojerii) rare. »

ILLUSTRATIONS. Aucune de l'époque. Une interprétation récente réalisé d’après une sous-espèce mauricienne proche, est représentée ci-dessous (Probst, 1994).


MATÉRIEL SCIENTIFIQUE. Aucun ossement n'a semble t'il été collecté mais des individus en alcool ont été collectés et gardés au Muséum.

DATE DE DISPARITION. Présumée peu après 1870.

DESCRIPTION. Longueur du corps présumée: 12-15 cm.
Adulte: Dimorphisme sexuel non perceptible. Coloration des parties supérieures très variable suivant les individus, de gris-bleu sale à brun ; 3 bandes longitudinales foncées parcourant le corps de la tête à l'extrémité de la queue, la médiane au niveau de la colonne étant parfois plus ou moins discontinue, tachetée ou marbrée ; bande bleu-pâle au niveau des flancs (entre les lignes foncées) ; parties ventrales blanchâtres ; membres plus brunâtres.

COMPORTEMENT. Espèce territoriale, très vive, la sous-espèce mauricienne proche alterne brusquement les avancées rapides avec des stations immobiles. Essentiellement terrestre on la rencontre parfois dans les falaises verticales et occasionnellement sur les branches des Vacoas.

MILIEU. Fréquentait probablement le littoral de l'île en s'enfonçant ça et là dans la forêt sèche de l'ouest.

ALIMENTATION. D’après la sous-espèce mauricienne proche ce scinque devait être principalement insectivore (Homoptères, Diptères, Hyménoptères), quelques individus ont été observés en train de manger des oeufs brisés d'oiseaux (Probst, 1996).

STATUT ET REMARQUES. De la famille des Scincidae, ce scinque de taille moyenne est représenté par la sous-espèce G. b. borbonicus (Vinson & Vinson, 1969) endémique de La Réunion. Les 12 spécimens connus ont été collectés au siècle dernier par plusieurs collecteurs : Eydoux, Leschenault, Mathieu et Rousseau (le dernier spécimen ayant été capturé en 1839). Ils sont conservés au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Une autre sous-espèce G. b. bojeri (Desjardins, 1831), légèrement plus petite, est endémique de Maurice. Le taxon réunionnais se distinguait de la sous-espèce mauricienne par sa taille plus grande, quelques petits détails anatomiques au niveau des doigts, par les dessins et la coloration des bandes foncées au niveau du dos. Vers 1830, les populations des deux îles avaient été notées comme abondantes par Desjardins.

NOTE. D'autres espèces ont été décrites plus récemment : G. fontenayi (Vinson, 1973) découverte en 1969 dans les forêts de Maccabé, Brise Fer, Bel Ombre, Mare Longue. Signalons que cette espèce est parfois décrite sous son ancien nom de genre Scelotes.

SCINQUE DE BOUTON
Cryptoblepharus boutonii (Desjardins, 1831)
Nom ancien: Petit lézard de terre.
Anglais: Boutonts Skink.

TÉMOIGNAGES.

MAILLARD, 1863 : « Petit lézard de terre (Ablepharus peronii) très rare. »

ILLUSTRATIONS. Aucune de l'époque. Une interprétation récente a été représentée d’après l’espèce mauricienne (Probst, 1995).


MATÉRIEL SCIENTIFIQUE. Aucun.

DATE DE DISPARITION. Inconnue, peut être peu après 1870.

DESCRIPTION. Longueur du corps présumée: 10-12 cm.
Adulte : Dimorphisme sexuel non perceptible. Tête fine, brun foncé et d'aspect brillant sur le dessus, gris clair aux reflets bronzes dessous ; parties supérieures parcourues de lignes longitudinales brun noir ; parties ventrales blanc grisâtre à jaune pâle ; doigts fins gris foncé.

COMPORTEMENT. Lézard très vif, se cachant furtivement entre les fissures des rochers au moindre danger. À Maurice, contrairement à l’espèce précédente, il est assez difficile à observer. Moins craintif sur les îlots satellites, et sous réserve de rester un moment immobile, il est possible, en restant à distance, d’observer ses déplacements aux jumelles.

MILIEU. Le Scinque de Bouton fréquentait probablement le même milieu qu’il occupe actuellement à Maurice (Vinson & Vinson, 1969 ; Tonge, 1990) : la savane sèche arborée de l'ouest, les rochers du littoral. Pour se nourrir il chasse parfois et même la zone intertidale des marées.

ALIMENTATION. Essentiellement insectivore (Homoptères, Diptères), également des araignées.

STATUT ET REMARQUES. Petit scinque de la famille des Scincidae. Représenté par une sous-espèce C. b. boutonii endémique des Mascareignes. Disparu à La Réunion mais encore présent à Maurice et sur quelques îlots satellites. D'après la répartition des individus mauriciens, cette espèce était probablement distribuée dans la plupart des régions littorales de l'île de La Réunion. D'après Carl Jones, il aurait diminué et disparu à la suite de l'introduction des rats, des chats et des agames Calotes versicolor. Des formes proches existent dans de nombreuses régions tropicales : Afrique, Madagascar, Europa, Australie, Nouvelle Guinée, Polynésie.

Références bibliographiques

ARNOLD, E.N. 1980. Recently extinct reptile populations from Mauritius and Réunion, Indian Ocean. J. Zool. Lond. 191 : 33-47.

BULLOCK, D.J. 1986. The ecology and conservation of reptiles on Round Island and Gunner's Quoin, Mauritius. Biological Conservation 37 : 135-156.

CHEKE, A. S. 1987. An ecological history of the Mascarene Islands, with particular reference to extinctions and introductions of land vertebrates. In Diamond A.W. éd. Studies of Mascarene Island Birds. Cambridge University Press, U.K : 6-100.

JONES, C.G. 1993. The ecology and conservation of Mauritian Skinks. Proceedings of the Royal Soc. of Arts and Science of Mauritius V (3) : 71-95.

VINSON, J. et VINSON, J.M. 1969. The saurian fauna of the Mascarene Islands. Bull. Maurt. Inst. 6 (4) : 203-320.


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