PROBST, J.M. 1998. L’Échenilleur de La Réunion ou Tuit-tuit Coracina newtoni. Bull. Phaethon, 8 : 89-90.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1998, 8 : 89-90.

Fiche « patrimoine naturel à protéger »

L’Échenilleur de La Réunion ou Tuit-tuit Coracina newtoni


Jean-Michel Probst*

*Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d’Ane, 97 419 LA POSSESSION

L’oiseau décrit ci-après est une espèce endémique forestière de l’ordre des Passeriformes. Il est rangé dans la Famille des Campephagidae qui comporte 6 genres et 83 espèces dans le monde. Au niveau des Mascareignes, deux espèces sont endémiques d’une île : Coracina newtoni à La Réunion et C. typica à Maurice.

Coracina newtoni (Pollen, 1866)

Créole : Tuit-tuit, Merle blanc.
Français : Échenilleur de La Réunion.
Anglais : Reunion Cuckoo-Schrike.
Allemand : Reunionraupenfänger.

Distribution dans l'Océan indien.
Espèce monotypique, endémique de l’île de La Réunion.


Tuit-tuit femelle Coracina newtoni à la Plaine des Chicots (© Jean-Michel Probst)

DESCRIPTION. Longueur : 20-21 cm. Poids : 38-43 g.

Adulte. Dimorphisme sexuel apparent. Mâle. Dessus de la tête, nuque, dos et croupion, gris cendré ; lores noirs ; iris brun foncé ; petit bec noir, fort à la base avec la mandibule supérieure crochue à son extrémité ; rémiges des ailes noires avec un petit miroir blanc visible en vol ; rectrices de la queue, noires, avec des taches terminales blanches, plus nettement visibles sous les rectrices externes ; menton, gorge et poitrine gris ardoisé léger, s’éclaircissant progressivement au niveau du ventre et des sous-caudales ; tarses et doigts gris noir. Femelle. Dessus de la tête, nuque et dos, brun ; lores brun et noir surmontés d’un sourcil clair ; joues blanchâtres, mouchetées de brun et noir ; iris brun foncé ; petit bec noir, semblable au mâle ; ailes brun noir ; poitrine blanche rayée de fines raies parallèles, brun foncé ; rectrices de la queue brun noir terminée par des taches blanches plus larges au dessous ; tarses et doigts gris noir. Immature. Plumage assez semblable à la femelle mais diffère par la poitrine et les parties supérieures plus foncées et écaillées de taches beiges. Il est possible de rencontrer des poussins volants qui sont alors blanchâtres mouchetés de gris, avec les lores, gris brun foncé et le bec jaune orangé. Les mâles sub-adultes chanteurs sont parfois rayés sur les côtés de la poitrine, avec des zones brunes au niveau de la nuque ou sur les deux premières rémiges primaires.

IDENTIFICATION. Oiseau forestier de la taille du merle qui se distingue par son plumage gris cendré pour le mâle et avec le plumage brun dessus, barré dessous, pour la femelle. Dimensions de l’oiseau en main : Aile : 96-101 mm ; Bec : 17-21 mm ; Tarse : 24-25 mm. Queue : 73-87 mm.

VOIX. Le Tuit-tuit a des manifestations vocales variées. Le chant nuptial caractéristique du mâle est une longue série de « tuit-uit-uit-uit-uit » ou de « tuit-uituit, tuit-uituit » sonore, plus ou moins sonore. Le cri de contact des adultes est un « guek » bref. L’alarme est un jacassement « guê-guê-guê-guê » dur et agressif ou un « srriièèhh » comparable à celui que lancerait un chat qui hérisse ses poils. D’autres cris sont employés autour du nid : trille au moment de la copulation, gazouillis au moment du nourrissage des poussins.

COMPORTEMENT. Généralement solitaire ou, plus rarement en couple ou en famille, le Tuit-tuit explore son territoire en sautillant lourdement de branche en branche. Il se déplace essentiellement dans le haut des arbres, très rarement à terre en suivant parfois les rondes d’Oiseaux blancs.

NIDIFICATION : La reproduction a été constatée à La Réunion de septembre à février. Le nid est installé dans des arbres indigènes (Acacia heterophylla, Weinmania tinctoria, Nuxia verticillata). Il est généralement construit à la fourche de deux branches horizontales, parfois à la base de trois branches verticales. Constitué de lichens (barbe de St Antoine), il est assemblé par des fils d'araignées. La femelle dépose une ponte de 2-3 œufs (26-27 x 18-19 mm), bleu vert, pâles, tachetés de brun rouge. La durée de l'incubation n’est pas connue. Les poussins sautillent autour du nid 12-15 jours après l'éclosion et accompagnent les parents peu après. L'élevage des jeunes dure deux à trois mois mais parfois, un des juvéniles reste près de ses parents jusqu'au moment de la prochaine nidification.

MILIEU. Alors qu’il était probablement présent dans la majeure partie de l’île, le tuit-tuit ne fréquente aujourd’hui qu’une partie d’un petit plateau forestier couvert d’une forêt indigène située entre 1000 et 1900 mètres d'altitude. Il semble éviter les zones trop envahies de végétaux exotiques, les plantations de Cryptomérias et les secteurs de tamarinaies non naturelles.

ALIMENTATION. Principalement insectivore le Tuit-tuit recherche surtout des larves de coléoptères et des chenilles de papillons, mais aussi des araignées (Araignée bois de pomme). Il ne dédaigne pas les fruits d’espèces végétales indigènes (Aphloia theiformis, Ficus sp.) et les fleurs (Acacia heterophylla). Plus rarement, il capture également des petits reptiles (Phelsuma borbonica). Plusieurs méthodes de capture sont employées : vol sur-place en frappant des ailes le feuillage (Acacia heterophylla), frappe énergique du bec dans les couronnes de fougères arborescentes ou au niveau des nœuds de Bambous endémiques, recherche des larves de coléoptères sous le lichen, la mousse et dans le bois pourri.

STATUT ET REMARQUES. Oiseau endémique de La Réunion, le Tuit-tuit n’est localisé que dans un territoire de moins de 15 kilomètres carré. La population totale a été estimée récemment à moins de 100 couples nicheurs. De nombreuses nuisances ont été répertoriées : présences de prédateurs introduits (rats, chats harets), braconniers. La zone touristique de la Roche Écrite entraîne automatiquement un accroissement de la population de rats et des risques d’incendies. Dans cette zone, un feu de forêt, ou un cyclone risquerait de compromettre la survie de cette espèce. Une espèce proche, l’échenilleur de Maurice C. typica se rencontre dans l’île sœur. Le Tuit-tuit est inscrit sur la liste des espèces protégées de l’île de La Réunion (Arrêté ministériel du 17 février 1989).

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