PROBST, J.M. 1995. Le Fouquet noir ou Pétrel noir de Bourbon Pseudobulweria aterrima. Bull. phaethon, 2 : 90-91.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1995, 2 : 90-91.

Fiche « patrimoine naturel à protéger »

Le Fouquet noir
ou Pétrel noir de Bourbon
Pseudobulweria aterrima

Jean-Michel Probst*

*Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane, 97 419 LA POSSESSION

L’oiseau décrit ci-après est une espèce d’oiseau marin de l’Ordre des Procellariiformes. Il fait partie de la Famille des Procellariidae qui comporte 72 espèces dans le monde. Le Fouquet noir ou Pétrel noir de Bourbon est une espèce endémique de La Réunion.

PETREL NOIR DE BOURBON
Pseudobulweria aterrima (Bonaparte, 1857)
Anglais : Mascarene Petrel.
Allemand : Maskarenensturmvogel.
Espagnol : Petrel de Reunion.


Distribution dans l'Océan Indien.
Espèce monotypique. Niche uniquement à l'Ile de La Réunion ; des ossements sub fossiles ont été trouvés à l'île Rodrigues.

DESCRIPTION. Longueur : 36 cm.

Adulte. Dimorphisme sexuel non perceptible. Tête noire ; iris noir ; bec noir, court, épais et recourbé ; plumage du dos et des ailes uniformément noir ; queue courte à extrémité carrée ; parties ventrales entièrement noires ; tarses, doigts et palmures bicolores, roses, avec le doigt externe et la marge antérieure noirâtre.

Immature. Plumage probablement similaire à l'adulte, avec quelques brins de duvet épars au niveau de la tête et sur la nuque.

IDENTIFICATION. Petit pétrel brun noir à bec court, avec les palmures des pattes bicolores, noires et roses. Mesures de l’oiseau en main : Aile : 240-251 mm ; Bec : 49-50 mm ; Tarse : 38 mm.

COMPORTEMENT. Espèce pélagique ne retournant sur l'île qu'au moment de la nidification. De mœurs nocturnes, quasi inconnu, le Pétrel noir semble être présent dans ses quartiers de nidification entre septembre et avril. Toutefois, des individus ont été récemment observés en mer à plus de 50 km des côtes Sud de l'île.

NIDIFICATION. Aucun site de nidification n’a pu encore être approché. D’après les cris nocturnes des oiseaux, le Pétrel noir semble nicher dans des remparts inaccessibles des ravines du Sud Ouest de La Réunion (Dimitile, Grand Bassin) et peut être deux autres sites secondaires (Hauts de Saint-Joseph et Hauts de Saint Benoît). Comme les trois autres Pseudobulweria  (le Pétrel de Beck P. becki, le Pétrel de Tahiti P. rostrata et la Pétrel des Fidji P. macgillivrayi), le Pétrel noir de Bourbon devrait nicher en colonies lâches dans les forêts montagneuses de l’intérieur de l’île.

MILIEU. Espèce pélagique océanique. Le milieu de nidification n’a pas été pour l’instant découvert. Il semble habiter les forêts croissant sur les remparts.

ALIMENTATION. Régime alimentaire inconnu, sûrement constitué de poissons et de calmars.

STATUT ET REMARQUES. Le Pétrel noir est l’oiseau nicheur endémique le plus rare de l’île. Il n’est connu que par 4 spécimens conservés dans les musées et 3 spécimens récents :

1) capture d’un jeune individu le 30/3/1970, attiré par l’éclairage à l’Entre-Deux
2) découverte d’un individu mort le 20/12/1973, sur le littoral, à Bois Rouge
3) découverte d’un jeune mort le 29/01/1995, vers Saint-Pierre (Attié & Bretagnole).

Plusieurs observations et cris ont été répertoriés par des ornithologues de passage et nous mêmes, à la fois en mer mais aussi dans l’île, ce qui signifierait l’existence de 2 voire 3 sites de nidification distincts et une présence de l’espèce au moins pendant l’été austral. Jusqu’à preuve du contraire, il ne semble pas partager les mêmes sites de nidification du Pétrel de Barau. Avec le peu d’informations dont nous disposons, il est plausible que le Pétrel noir n’ait pas une reproduction synchrone. Les jeunes à l’envol se répartissent du 29 janvier  au 29 mars. Sa population ne devrait pas excéder 50 couples. La plupart des auteurs récents placent cette espèce dans le genre Pseudobulweria où une espèce proche, le Pétrel des Fidji P. macgillivrayi, aurait une écologie supposée très semblable à notre espèce. D’autres auteurs le considèrent comme une sous-espèce du Pétrel de Tahiti P. rostrata dont une petite sous espèce, P. r. becki, n’est connue que par 2 spécimens. Ce taxon cité ci-dessus niche dans une île volcanique, à peu près à la même latitude que notre île et s’installe pour nicher entre 200 et 2000 mètres d’altitude.

NUISANCES. Le Pétrel noir de Bourbon est en sous-effectif évident. Si nous avons rencontré des personnes qui en ont mangé quand ils étaient enfants cette pratique semble abandonnée aujourd’hui. Si, comme il est probable, le Pétrel noir niche en forêt, donc plus bas que le Pétrel de Barau (qui niche dans les buissons légèrement arborés), les rats et les chats harets, plus nombreux, sont une fois de plus, les prédateurs probables de cette espèce.

NOTE. Il faut signaler que plusieurs autres espèces de pétrels, noirs, peuvent être observés occasionnellement autour de La Réunion. Mis à part le Puffin du Pacifique Puffinus pacificus parfois confondu avec le Pétrel noir de Bourbon, on peut noter en 1984 la capture d’un erratique, le Pétrel des Kerguelens Pterodroma brevirostris. D’autres espèces potentielles, dont certaines sont suspectées, demandent toutefois une confirmation., Ces espèces, qui présentent également un plumage brun noir, pourraient éventuellement être observées à La Réunion :

Le Pétrel noir P. macroptera qui niche dans les Terres australes
Le Pétrel de Bulwer Bulweria bulwerii noté récemment à Maurice (?)
Le Pétrel de Jouanin B. fallax également potentiel mais noté au large des Seychelles
Le Pétrel de l’île Ronde en phase sombre P. arminjoniana que nous avons observé à Maurice

RÉFÉRENCES. Abhaya, 1995 ; Ali & Ripley, 1968 ; Barau, 1971, 1978 ; Barré, 1983 ; Barré & Barau, 1982 ; Bourne, 1968 ; Bretagnole & Attié, 1995 ; Collar & Andrew, 1988 ; Collar & Stuart, 1985 ; Cowles, 1987 ; Del Hoyo, Elliott & Sargatal, 1992 ; Feare, 1984 ; Greenway, 1967 ; Imber, 1985 ; Jouanin, 1970 ; King, 1978, 1979 ; Mountfort, 1988 ; Nativel, Payet & Probst, 1995 ; Payet, Louisin & Probst, 1995 ; Sibley & Monroe, 1990 ; Thibault & Guyot, 1988 ; Vincent, 1966.
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