PROBST, J.M. 1996. Le Pétrel de Barau ou Taillevent, Pterodroma baraui. Bull. Phaethon, 3 : 39-40.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1996, 3 : 39-40.

Fiche « patrimoine naturel à protéger »

Le Pétrel de Barau ou Taillevent
Pterodroma baraui


Jean-Michel Probst*

*Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane, 97 419 LA POSSESSION

L’oiseau décrit ci-après est une espèce d’oiseau marin de l’Ordre des Procellariiformes. Il fait partie de la Famille des Procellariidae qui comporte 72 espèces dans le monde. Le Pétrel de Barau ou Taillevent est une espèce endémique de La Réunion.

TAILLEVENT
Pterodroma baraui (Jouanin, 1964)
Français : Pétrel de Barau.
Anglais : Barau's Petrel.
Allemand : Barausturmvogel.
Espagnol : Petrel de Barau.

Distribution dans l'Océan Indien.
Espèce monotypique, endémique de l'île de La Réunion.


Pétrel de Barau adulte, devant son terrier installé au pied d'un Petit Tamarin des Hauts
Sophora denudata (Grand Bénare - janvier 1995)

DESCRIPTION. Longueur : 37-40 cm. Envergure : 96 cm. Poids : 340 g.

Adulte : Dimorphisme sexuel non perceptible. Tête, gris cendré dessus, avec les lores, gris foncé à noir, dessus du bec, faces, menton et gorge blanc pur ; parties supérieures grises ; dessous des ailes, blanc pur avec un "W" noir ; parties ventrales, blanc pur ; tarses, doigts et palmures, roses et noires. Immature. Semblable à l'adulte avec parfois quelques brins de duvet au sommet de la tête ou au niveau de la nuque.

IDENTIFICATION. Pétrel de taille moyenne, gris foncé dessus, blanc avec un "W" noir dessous ; vol caractéristique, alternant des filés au ras de l'eau et de brusques remontées suivies de plongées et pivotant souvent perpendiculairement à la crête des vagues, d'où son nom créole de "taille-vent". Mesures de l’oiseau en main : Aile : 266-301 mm ; Bec : 32-42 mm ; Tarse : 28-35 mm. Note sur le plumage. Contrairement à ce qui est parfois colporté par des birdwatchers (locaux ou étrangers), les individus bruns ne sont pas des immatures. Il s’agit simplement d’une coloration ‘virtuelle’ en raison des pigments des plumes de l’oiseau avec l’incidence des rayons du soleil.

VOIX. Manifestations vocales émises en vol lors de poursuites entre individus « ki-ki-ki-ki-ki », ou au-dessus du site de nidification « oaou - kikikikiki » répétés plus ou moins intensément suivant le nombre et l’humeur des individus ; l’intensité maximum est notée au moment des nuits sans lune, de 8h30 à 11h00 et de 2h30 à 3h00.

COMPORTEMENT. Espèce observée d'août à mai, en fin d'après-midi, le long des côtes de l'île. Les rassemblements les plus importants (plus de 1000 oiseaux) sont l'embouchure de la Rivière Saint Étienne et la Baie de la Possession. Son vol rasant le sommet des vagues est caractérisé par de brusques remontées, le corps montrant tantôt le dos, tantôt le ventre de l'oiseau. L'oiseau entame aussitôt une redescente et se faufile entre les crêtes des vagues en frôlant la surface de l'eau. Lorsqu'il s'apprête à rejoindre ses lieux de nidification, on peut l'observer jusqu'à plusieurs centaines de mètres au-dessus de la mer ou des terres (parfois à plus de 1000 mètres de hauteur).

NIDIFICATION. La période de nidification débute avec la venue des premiers reproducteurs sur les colonies la première semaine d’août. L’accouplement est suivi de la ponte qui débute début novembre. L’éclosion début janvier est suivi du nourrissage jusqu’à la mi avril. Ce cycle se termine fin avril mi mai avec le départ des derniers jeunes. Toutes les colonies sont donc désertées entre la fin mai et fin juillet. Entre 2500 et 2800 mètres d'altitude, sur des plateaux recouverts d’une végétation arbustive (Philippia montana, Phylica nitida, Stoebe passerinoides, Senecio squamosus, Hypericum lanceolatum, Sophora denudata), le Pétrel de Barau creuse et aménage un terrier profond de 1 à 2 mètres. La chambre d’incubation est garnie de brindilles sèches. La ponte unique n’est constituée que d’un œuf, (63-66 x 45-47 mm), blanc pur, sans ponte de replacement. L’incubation est assurée par les deux parents. À l’envol, le jeune est aussi gros que ses parents.


Poussin sur son lit d'herbes sèches au fond du terrier
© Jean-Michel Probst

MILIEU. Espèce d’oiseau marin océanique et pélagique, pouvant se rencontrer dans la majeure partie de l'Océan Indien.

ALIMENTATION. Le Pétrel de Barau se nourrit au large des côtes, parfois à plus de 50 km, et pêche des poissons et des céphalopodes qu’il capture en plongeant sous la surface.

STATUT ET REMARQUES. Ce pétrel endémique de La Réunion a été décrit pour la première fois par Jouanin en 1964. En 1974, un juvénile non volant a été trouvé une fois à Rodrigues (Cheke, 1974), mais le fait semble exceptionnel et ne s’est sans doute pas reproduit. La description des terriers à La Réunion est récente. Trois sites, contenant 9 colonies et 1377 terriers, sont actuellement connus. Ils se situent sur les plus hauts sommets de l'île. Malgré les derniers comptages défavorables, l’estimation totale de la population serait d’au moins 4000 à 5000 couples. En dehors de la période de nidification, l'espèce se disperse dans la majeure partie de l'Océan Indien : île d’Amsterdam, Madagascar, Maurice, côtes Australiennes, Maldives, Sri-Lanka. Du point de vue phylogénie, il se rattache à un grand groupe de pétrels P. hasistata, P. cahow, P. inexpectata, arminjoniana, P. mollis, P. feae, P. madeira, P. phaeopygia, P. externa, P. cervicalis, P. cookii, P. defilippiana, P. leucoptera, P. hypoleuca, P. nigripennis, P. axillaris, P. longirostris, P. pycrofti.  D’après une étude récente, il se rapprocherait du Pétrel de Peale P. inexpectata et du Pétrel d’Hawaii P. phaeopigia. Le Pétrel de Barau est inscrit sur la liste des espèces protégées de l’île de La Réunion.

NUISANCES. Les Taillevents adultes ont souffert en 1992 du tir à la carabine, au niveau des couloirs de remontée (Terry Stevenson, obs. pers.). On retrouve également des adultes sous les lignes à haute tension qui barrent la plupart des ravines. Mais c'est principalement la prédation des mammifères introduits (principalement des rats et des chats harets) sur les sites de nidification qui prélèvent des adultes, des poussins et des œufs. Certaines zones sont aussi localement saccagées par les cabris. Enfin, les éclairages nocturnes, projecteurs, simples lampadaires ou éclairages domestiques, attirent les jeunes pétrels au cours de leur premier envol. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ce phénomène . En avril, la récupération des jeunes oiseaux permet le sauvetage des jeunes individus.

REFERENCES. Abhaya, 1995 ; Attié, 1993 ; Barré, 1983 ; Barré & Barau, 1982 ; van den Berg, & Al. 1991 ; Bretagnole & Attié, 1991, 1994 ; Brooke, 1978 ; Cheke, 1974 ; Croaxall & Al., 1984 ; Del Hoyo, Elliott & Sargatal, 1992 ; Feare, 1984 ; Goldminc, 1996 ; Imber, 1985 ; Jouanin, 1963, 1964, 1987 ; Jouanin & Gill, 1967 ; Langrand, 1990 ; Langrand & Sinclair, 1994 ; Marchant & Higgins, 1990 ; Nativel, Payet & Probst, 1995 ; Probst, 1995, 1996a, 1996b, 1996c ; Probst, Colas & Douris, 1995 ; Probst, Morgan & Kershaw, 1996 ; Probst, & Al., 1996 ; Reed, Hailman & Sincock, 1985 ; Sibley & Monroe, 1993 ; Thibault & Guyot, 1988 ; Warham, 1990, 1996 ; Wurster & Wurster, 1968.
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