PROBST, J.M. 1995. Le Paille-en-queue ou Phaéthon à brins blanc Phaethon lepturus. Bull. phaethon, 1 : 29-30.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1995, 1 : 29-30.

Fiche « patrimoine naturel à protéger »

Le Paille en queue
ou Phaéton à brins blanc
Phaethon lepturus

Jean-Michel Probst*

* Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane, 97 419 LA POSSESSION

L’oiseau décrit ci-après est une espèce d’oiseau marin de l’Ordre des Pelecaniformes. Il fait partie de la Famille des Phaethontidae qui comporte 3 espèces dans le monde. Le Paille en queue ou Phaéton à brins blancs est un oiseau indigène que l’on rencontre à La Réunion, mais aussi dans plusieurs îles de l’Océan Indien.


PAILLE EN QUEUE A BRINS BLANCS
Phaethon lepturus (Daudin, 1802)
Français : Phaéton à bec jaune, Phaéton à queue blanche.
Anglais : White-tailed Tropicbird.
Allemand : Weisschwanz-Tropikvogel.
Espagnol : Rabijunco piquinaranja.

Distribution dans l’Océan Indien.
P. l. lepturus (Daudin, 1802) - Madagascar, La Réunion, Maurice, Rodrigues, Chagos, Grande Comore, Mohéli, Anjouan, Mayotte, Glorieuses, Aldabra, Seychelles, Farquhar, Maldives, Sri Lanka, Coco Keeling.
P. l. fulvus (Brandt, 1840) - Endémique de Christmas.
P. l. nov. sp. – Une sous-espèce nouvelle probable à Europa (M. Le Corre et obs. pers.)


DESCRIPTION. Longueur : 70-82 cm (dont 30 à 40 cm de queue). Envergure : 90 à 96 cm.

Adulte. Dimorphisme sexuel non perceptible ; parties du plumage avec des reflets plus ou moins dorés suivant les individus. Tête blanche avec un trait noir barrant l'œil ; bec jaune, finement dentelé ; iris brun ; parties supérieures blanches à l'exception du bout noir des scapulaires et des rémiges primaires noires à bout blanc sur le dessus des ailes ; parties ventrales blanches ; queue blanche avec les deux rectrices médianes très longues, blanches, nervurées de noir ; tarses et doigts rose, parfois jaunâtre, palmures rose (1/3) et noires (2/3). Immature. Plumage du cou, du dos et des ailes finement striés de noir ; bec ivoire à pointe noire.

IDENTIFICATION. Oiseau de mer blanc, de taille moyenne, immédiatement reconnaissable par ses deux longues et fines rectrices centrales blanches. La sous-espèce d’Europa se distingue par sa taille nettement plus petite et, chez la plupart des individus, par la couleur jaune pâle des rectrices médianes et les reflets dorés plus ou moins étendus sur le reste du corps. Mesures de l’oiseau en main : Aile : 267-282 mm. Bec : 49-54 mm. Tarse : 19-25 mm. Queue : 102-112 mm.

VOIX. Cris métalliques caractéristiques lancés haut dans le ciel « Kik, kêk, krêêk » ; alarme rauque, bruyante et sonore « krrraa ».




COMPORTEMENT. Cette espèce marine est souvent en couple ou en petits groupes. Les Phaétons font souvent ce que l’on appelle des vols de prospection qui consistent en des allers et retours incessants le long des falaises.

NIDIFICATION. Il niche principalement de septembre à mars. Toutefois, la reproduction est étalée tout au long de l'année. La ponte est installée généralement dans une cavité rocheuse d'une falaise située entre 1,50 mètre et plus de 400 mètres de haut. Lorsqu’il n’est pas dérangé, il niche également dans les cavités des arbres ou à terre. La litière est parfois totalement absente, c’est-à-dire rocheuse ou terreuse, ou, au contraire, constituée de débris végétaux et morceau de plastique sans doute emporté par le martin Acridotheres tristis. Elle est constituée d’un œuf unique par an, avec parfois une ponte de remplacement (51-53 x 39-42 mm). Il est brun, plus ou moins moucheté de gris et de rouge et déposé dans une légère dépression sur le sol nu. L’incubation est assurée par les deux parents et dure entre 40-42 jours. Les relevés d’incubation comme les nourrissages sont parfois espacés de plusieurs jours. Le premier envol est noté à 70-85 jours et la dispersion du jeune est enregistrée à parfois plus de 1000 kilomètres du lieu de naissance.


MILIEU. Le Paille en queue fréquente l'intérieur de l'île et remonte le long des ravines parfois jusqu'au fond des cirques. Son record d’altitude semble être de 2700 mètres qu’il a atteint le 7 avril 1993 en passant du Cirque Mafate à Cilaos sous le Grand Bénare. Les comptages réalisés à pieds montrent que les sites de nidification principaux sont les falaises maritimes et notamment la falaise littorale de la route en corniche (record de 29 individus recensés), les falaises de Grande Anse à Saint Philippe (24 ind.), les falaises du Tremblet, Anse des Cascades et Piton Sainte-Rose (17 ind.) etc.. Localement quelques autres sites et ravines présentent des effectifs nicheurs importants comme par exemple : Saint Gilles : 8 couples ; Trois Bassins, Fontaine et Rivière des Pluies : 7 couples ; Colimaçon et Rivière de l’Est : 6 couples ; Divon, Grande Ravine Rivière Saint-Denis et Rivière des Remparts : 5 couples ; falaise de Franche Terre, Pointe des Châteaux, Cascade Chaudron, Ste Marie et Charpentier : 4 couples. Les 3 cirques sont également visités et possèdent chacun, au moins 10 couples.

ALIMENTATION. Le Paille-en-queue pêche en mer en plongeant en surface et probablement jusqu’à plus de 10 mètres de profondeur. Il capture principalement des poissons volants (Exocoetus volitans, Parexocoetus brachypterus, Cheilopogon furcatus, C. bahiensis, C. nigripennis), des calmars (Ommastrephidae) et parfois des crustacés.

STATUT ET REMARQUES. Cet oiseau marin indigène est représenté par la sous-espèce P. l. lepturus qui est distribuée dans la plupart des îles de la zone afro-malgache. À La Réunion, le Paille-en-queue est communément observé sur le littoral ou le long des remparts des ravines et à Petite île (2 couples). La population totale est estimée à plus de 200 couples nicheurs et est probablement inférieure à 500 couples. Notons qu’une forme avec des reflets plus ou moins jaunes et d’une taille plus petite, est localisée à Europa. Cette petite population semble apparentée à la sous-espèce de Christmas dont une partie est, comme à Europa, entièrement blanche. Le Paille en queue est également nicheur dans de nombreuses îles de l’Océan Indien : Madagascar, Maurice, Rodrigues, Chagos, Comores, Aldabra, Seychelles, Maldives, Sri Lanka, Coco Keeling et Christmas.

NUISANCES. Le Paille en queue semble en sous-effectif à La Réunion. Il souffre probablement de la prédation des rats et des chats ainsi que des braconniers. Des adultes morts ramassés dans les ravines montrent que le Paille-en-queue est sensible à la percussion contre les lignes à haute tension, les câbles divers tendus. Localement, il se prend dans les filets de protection contre les chutes de pierre.


NOTE. Une autre espèce, le Phaéton à brins rouges Phaethon rubricauda est parfois observée à La Réunion et, d’après des observations de pêcheurs locaux, il semble être un migrateur occasionnel.

REFERENCES. Ali & Ripley, 1978 ; Barré, 1983 ; Barré & Barau, 1982 ; Brown, Urban & Newman, 1992 ; Del Hoyo, Elliott & Sargatal, 1992 ; Guého & Staub, 1968 ; Harrison, 1983 ; Langrand, 1990 ; Louette, 1988 ; Milon, Petter & Randrianasolo, 1973 ; Nativel, Payet & Probst, 1995 ; Payet, Louisin & Probst, 1995 ; Probst, 1995 ; Probst, Morgan & Kershaw, 1990, 1991 ; Quelquejeu, 1990 ; Staub, 1973 ; Winter, 1993.
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