Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 17:00
Bulletin Phaethon, 2008, 27 : 1-8.

Note sur l'utilisation de la flore indigène
et introduite chez
Phelsuma borbonica (Mertens, 1942)
(Sauropsides : Squamates : Gekkonidae)
Ile de La Réunion
 

* Association Nature Océan Indien, Résidence les Olympiades 1,
97490 Ste Clotilde, Ile de La Réunion, France
(mickael.sanchez974@gmail.com)

** 5 bis rue de la Compagnie, 97 400 St Denis, Ile de La Réunion, France
(jeanne.eis@voilà.fr)

Résumé : Cette note présente une synthèse des observations du Lézard vert des Hauts, Phelsuma borbonica, sur les plantes indigènes et introduites de l'île de La Réunion. Les premiers résultats sur son habitat et les parcours empruntés quotidiennement sont présentés ici.
Mots clés : Phelsuma borbonica ; flore indigène ; flore introduite ; île de La Réunion.

Summary: This paper presents an observation's synthesis of Reunion Day Gecko, Phelsuma borbonica, on indigenous and introduce plants on Reunion Island. The first results on their habitat and their daily trail are presents here.
Key words: Phelsuma borbonica ; indigenous plants ; introduce plants ; Reunion Island.

Introduction

    C’est dans le cadre d'une formation de Master I en "Biologie des Ecosystèmes Tropicaux" menée à l'Université de La Réunion, que le Lézard vert des Hauts Phelsuma borbonica a fait pour la première fois l’objet d’une étude démographique (Sanchez, 2007). Deux populations ont été étudiées, celles de Grand Etang (Saint-Benoît) et de la Plaine d'Affouches (Saint-Denis). Les travaux ont notamment porté sur les supports végétaux utilisés par P. borbonica. Pour appréhender les préférences d'habitats, tous les substrats végétaux fréquentés, qu'ils soient indigènes ou introduits, ont été identifiés. Cette note a pour objet de faire une synthèse des observations réalisées lors de cette étude.
 
Présentation de Phelsuma borbonica

    Le Lézard vert des Hauts est un gecko diurne qui appartient à l’Ordre des Squamates et à la Famille des Gekkonidae. Cette famille comprend 85 genres et plus de 1178 espèces dans le monde (Uetz & Hallermann, 2008). A La Réunion, on dénombre 10 espèces de geckos dont seulement deux sont endémiques de l’île. Ces dernières appartiennent au Genre Phelsuma et sont appelées localement : Lézard vert de Manapany, Phelsuma inexpectata (Mertens, 1966) et Lézard vert des Hauts, Phelsuma borbonica (Mertens, 1942), (Bour & Moutou, 1982 ; Cheke, 1987 ; Bour et al., 1995 ; Girard, 1995 ; Henkel & Schmidt, 2000). Ces deux espèces sont protégées par l'Arrêté ministériel du 17 février 1989  . Le dérangement, la capture, la naturalisation, le transport, la mise en vente, ou encore l'achat de ces reptiles sont interdits.

    A l'intérieur du taxon P. borbonica on distingue trois sous-espèces : P. borbonica borbonica (Mertens, 1966) présent généralement dans les Hauts de l'Est et du Nord de La Réunion, P. borbonica mater (Meier, 1995) localisé dans la région de Basse Vallée dans le Sud et P. borbonica agalegae (Cheke, 1975), endémique des deux îles d'Agalega (Austin et al., 2004 ; Van Heygen, 2004). Le Lézard vert des Hauts, P. borbonica est un gecko diurne pouvant atteindre 16 cm à l'age adulte. Il se nourrit principalement d'insectes, d'araignées, de micro invertébrés, mais aussi de nectar de fleurs et de pulpe de fruits (Probst & Deso, 2001). La sous-espèce étudiée ici est Phelsuma borbonica borbonica.

Présentation des sites d’étude

Les deux populations étudiées de P. b. borbonica se situent d’une part à Grand Etang et d’autre part à la Plaine d'Affouches.

Site de Grand Etang

    Grand Étang est le seul plan d'eau de moyenne altitude (≈ 500m) de l'île de La Réunion. Alimenté par de nombreuses cascades, son niveau est très variable au cours de l'année. La forêt aux alentours du Grand Etang se situe dans la série mégatherme hygrophile appelée localement forêt de Bois de couleur des Bas (Cadet, 1977). La forêt tropicale humide de basse altitude est principalement composée d’espèces végétales appartenant à la famille des Sapotacées. Le climat est globalement chaud et humide, les pluies sont abondantes (2000 à 5000 mm par an) et réparties sur l’année. La stratification du couvert forestier est relativement complexe et la canopée est dense (Blanchard, 2000). A Grand Etang, la température moyenne annuelle enregistrée sur les trois dernières années au niveau du Chemin de Ceinture est de 22°C. La moyenne des précipitations annuelles enregistrée au niveau du site de Takamaka sur les dix dernières années est de 529 mm (METEO FRANCE, 2007).

Site de La Plaine d’Affouches

    La Plaine d'Affouches est localisée sur la Grande Montagne, à environ 1000 mètres d'altitude. Elle se situe dans la série de végétation mésotherme hygrophile nommée communément forêt de Bois de couleur des Hauts. Elle est appelée forêt à Sterculiacées et est dominée par les Mahots (Dombeya sp.). Le site étudié se trouve à environ 800 m d’altitude en bordure de route forestière (RF 20). La végétation est fortement dégradée et constituée essentiellement d’espèces végétales introduites et envahissantes comme le Jamrosat (Syzygium jambos) et le Galabert (Lantana camara). Ces dix dernières années, la température moyenne annuelle enregistrée au Val Fleuri, au Brûlé, est de 18°C. La précipitation moyenne annuelle enregistrée est de 221 mm (METEO FRANCE, 2007).

Espèces végétales indigènes utilisées par le Lézard vert des Hauts

Lors de cette étude 18 espèces végétales indigènes utilisées par le Lézard vert ont été recensées. Celles-ci sont listées ci-dessous et leur origine est précisée (CBNM, 2007).

Nom scientifique        Nom commun        Origine        Type de comportement
Agarista salicifolia        Bois de rempart    Indigène des Mascareignes    Thermorégulation
Antidesma madagascariensis    Bois de cabri blanc    Indigène Réunion, Maurice    Déplacement
Antirhea borbonica    Bois d'osto    Endémique Réunion, Maurice    Déplacement
Doratoxylon apetalum    Bois de gaulette    Indigène des Mascareignes et de Madagascar    Déplacement
Dictyosperma album    Palmiste blanc    Endémique Réunion, Maurice    Thermorégulation
Dracaena reflexa    Bois de chandelle    Indigène des Mascareignes    Thermorégulation
Ficus mauritiana    Affouche rouge    Endémique Réunion, Maurice    Déplacement
Gaertnera vaginata    Losto café    Endémique Réunion    Déplacement
Geniostoma borbonicum    Bois de piment    Endémique Réunion    Thermorégulation
Homalium paniculatum    Corce blanc    Endémique Réunion, Maurice    Thermorégulation
Nuxia verticillata    Bois maigre    Endémique Réunion, Maurice    Thermorégulation
Pandanus purpuraescens    Vacoa des hauts    Endémique Réunion    Thermorégulation
Pandanus sylvestris    Petit vacoa    Endémique Réunion    Thermorégulation
Pittosporum senacia    Bois de joli cœur    Endémique Réunion, Maurice    Déplacement
Psiloxylon mauritianum    Bois de goyave marron    Endémique Réunion, Maurice    Déplacement
Tambourissa elliptica    Bois de bombarde    Endémique Réunion    Thermorégulation
Turraea thouarsiana    Bois de quivi    Endémique Réunion, Maurice    Déplacement
Vernonia fimbrillifera    Bois de sapo    Endémique Réunion    Déplacement

             
Photo 1. P. b. borbonica sub-adulte sur un Bois de piment,
Geniostoma borbonicum (site de Grand Etang).
Photo : M. Sanchez



Photo 2. P. b. borbonica sub-adulte sur un Petit vacoa,
Pandanus sylvestris (site de la Plaine d'Affouches).
Photo : J-M. Probst.


  Espèces végétales exotiques utilisées par le Lézard vert des Hauts

    Le Lézard vert utilise également des plantes introduites souvent nommées "exotiques". Il existe 826 espèces exotiques sur l'île de La Réunion, soit près de la moitié des espèces présentes (1708 espèces) (CBNM, 2007).
    Les espèces introduites utilisées par le Lézard vert sont recensées et listées ci-dessous. Ces espèces sont annotées d'un numéro indiquant leur indice d'invasibilité (indice utilisé dans l'Index de la Flore vasculaire de la Réunion proposé par C. Lavergne) (Lavergne et al., en prep).

0 : taxon exotique insuffisamment documenté, non encore coté
1 : taxon exotique non envahissant
2 : taxon exotique potentiellement envahissant
3 : taxon exotique envahissant se propageant uniquement dans les milieux régulièrement perturbés par les activités humaines
4 : taxon exotique envahissant se propageant dans les milieux naturels ou semi-naturels
5 : taxon exotique très envahissant, ayant un impact direct fort sur la composition, la structure et le fonctionnement des écosystèmes

Nom scientifique    Nom commun    Indice d'invasibilité    Type de comportement
Musa acuminata    Bananier ou figue banane    1    Déplacement
Heliconia rostrata    Héliconie rostrée    1    Nourrissage du nectar
Camellia japonica    Camélia    1    Thermorégulation
Michelia champaca    Champac    4    Thermorégulation
Trema orientalis    Bois d'Andrèze    4    Thermorégulation
Litsea glutinosa    Avocat marron    5    Déplacement
Schinus terebenthifolius    Faux poivrier    5    Déplacement
Psidium cattleianum    Goyavier    5    Déplacement
Rubus alceifolius    Raisin marron    5    Déplacement
Ardisia crenata    Bois de Noël    5    Déplacement
Syzygium jambos    Jamrosat    5    Thermorégulation
Boehmeria penduliflora    Bois de Chapelet    5    Déplacement
Lantana camara    Galabert    5    Déplacement


Photo 3. P. b. borbonica mâle sur l'Héliconie rostrée,
Heliconia rostrata (route de Grand Etang).
Photo : M. Sanchez.



Photo 4. P. b. borbonica adulte sur un Goyavier,
Psidium cattleianum (sentier pédestre de Grand Etang).
Photo : S. Schneider.

 
    Certaines plantes envahissantes font office de source de nourriture, de passerelles entres les arbres, ou encore de sites de thermorégulation. En effet, le Lézard vert a été observé s’alimentant du nectar de l'Héliconie rostrée dans un jardin créole, se déplaçant sur du Raisin marron ou encore, en bord de route, prenant des bains de soleil sur un Champac et un Bois d'Andrèze.

Discussion

    P. b. borbonica est une espèce connue pour s'adapter à divers supports tels que les poteaux électriques, les coffrets EDF ou encore les kiosques mis en place par l'Office National des Forêts (Probst, 1995). Les supports peuvent être utilisés comme simples substrats ou encore faire office de sites de pontes (Deso, 2006). La présence de plantes introduites ne semble pas empêcher l'espèce d'occuper le milieu. P. b. borbonica utilise ainsi des plantes non indigènes comme substrat (Jamerosat, Syzygium jambos) ou comme source de nourriture (nectar de l'Héliconie rostrée, Heliconia rostrata). Sur le site d'étude de la Plaine d'Affouches le Jamerosat est l'espèce végétale spatialement prédominante. En ces lieux, le Lézard vert est très présent sur cette plante et semble contraint d’utiliser ce support végétal.

    De plus, les supports disposés de manière horizontale, qu'ils soient indigènes ou introduits font fréquemment office de "passerelle" entre deux arbres. En effet, le Lézard vert des Hauts a été fréquemment observé parcourant de nombreux supports horizontaux tels que le Raison marron ou des troncs cassés de Jamrosat, dans le but de rejoindre un support vertical. Il semble que l'espèce évite de parcourir le sol et préfère utiliser ces "passerelles" pour rejoindre deux supports horizontaux. Cette hypothèse a été testée en ajoutant artificiellement une passerelle horizontale (branche de Goyavier) entre un kiosque ONF (isolé de la végétation) et un arbre isolé. La plupart des Phelsuma ont quitté le kiosque par cette voie au cours de la journée d'observation. Trois hypothèses peuvent expliquer ce comportement :

-    Ces cheminements aériens sont plus aisés et plus rapides.
-    Par cette voie les Phelsuma évitent la prédation au sol par les rats, les chats, les musaraignes et les crapauds.
-    Les Phelsuma sont attirés par un nouveau support présent dans leur environnement.

Conclusion

    Cette étude montre que le Lézard vert des Hauts peut s'adapter à des substrats n'étant pas originellement présent dans le milieu. Il est à noter qu'autrefois l'espèce était présente dans tous les types de forêts de l'île de La Réunion, du littoral jusqu'à 1400 m (Probst, 2001) et parfois jusqu’à 2100 m d’altitude (Probst, 2002). Aujourd'hui les populations de lézards verts sont réduites et dispersées sur le territoire réunionnais. Afin d'éviter la perte de ces dernières populations, il semble que certaines plantes introduites abritant les lézards verts seraient à prendre en considérations lors d’entretien et de restauration des milieux forestiers réunionnais. J. Triolo (2005) préconise un contrôle raisonné des plantes introduites envahissantes en restaurant le milieu de manière progressive. Il conseil de garder une partie des arbres exotiques jusqu'à ce que les plantes indigènes aient atteint une certaine taille et qu'elles puissent à nouveaux être utilisées comme support par la faune indigène (Fox, 2003 ; Triolo, 2005).

Cette étude souligne plusieurs interrogations :

-    Dans quelle mesure le Lézard vert peut-il s'adapter aux plantes introduites ? Quelle est l'ampleur des interactions qu'il entretien avec celles-ci ?
-    Avec quelle fréquence le Lézard vert utilise ces "passerelles" horizontales ?

    Des études complémentaires sont nécessaires pour répondre à ces questions. Si une utilisation préférentielle de "passerelles" aériennes est confirmée par une étude scientifique, ce paramètre pourrait être pris en compte dans l'application d’actions conservatoires.

Remerciements

    Nous tenons  vivement à remercier les personnes nous ayant encadré et guidé tout au long de cette étude : J-M. Probst, F. Guérin, B. Descamps Julien, G. Deso et M. Lecorre. Mais aussi toutes les personnes qui ont contribuées de près ou de loin telles que D. Strasberg, K. Marion, J. Fournel, C. Micheneau, L. Humeau, F. Girard, C. Ah-Peng et A. Gandar.

Références bibliographiques

AUSTIN, J.J., ARNOLD, E.N., JONES, C.G. 2004. Reconstructing an island radiation using ancient and recent DNA: the extinct and living day geckos (Phelsuma) of the Mascarene islands. Molecular Phylogenetics and Evolution. 31 (1):109-122.

BLANCHARD, F. 2000. Guide des milieux naturels de La Réunion-Maurice-Rodrigues. Ulmer, Paris. 384 pp.

BOUR, R. & MOUTOU, F. 1982. Reptiles et amphibiens de l'île de La Réunion. Info Nature, 19 : 121-156.

BOUR, R., PROBST, J-M., RIBES, S. 1995. Phelsuma inexpectata Mertens 1966, le lézard vert de Manapany les Bains (La Réunion): Données chorologiques et écologiques (Reptilia, Gekkonidae). Dumerilia, 2: 99-124.

CADET, T. 1977. La végétation de l'île de La Réunion : Etude Phytoécologique et Phytosociologique. Thèse de Doctorat, Université d'Aix-Marseille, France. 362 pp.

CHEKE, A.S. 1987. An ecological history of the Mascarene Islands, with particular reference to the extinctions and introductions of land vertebrates. In Diamond A. W.; Cheke A. S. and Elliott H. F. I. (eds.). Studies of Mascarene Island Birds, Cambridge, Univ. Press. pp. 5-89.

DESO, G. 2006. Note sur un type de ponte particulier chez Phelsuma borbonica borbonica (Mertens, 1966) - (Reptilia : Sauriae : Gekkonidae) - Ile de La Réunion. Bulletin Phaethon, 23: 29-36.

FOX, D. 2003. Using exotics as temporary habitat. An accidental experiment on Rodrigues Island. Conservation in Practice, 4 (1) : 32-34.

GIRARD, F. 1995. Observations sur la biologie de Phelsuma borbonica Mertens, 1966 (Reptilia, Gekkonidae). Revue fr. Aquariol., 21 (3-4) : 119-120.

HENKEL, F-W. & SCHMIDT, W. 2000. Amphibians and Reptiles of Madagascar and the Mascarene, Seychelles, and Comoro Islands. Malabar, Florida. Krieger Publishing Company. 316 pp.

LAVERGNE, C. et al. (en prép.) – Checklist des plantes envahissantes et potentiellement envahissantes de L'île de La Réunion.

LOUISIN, J-M. & PROBST, J-M. 1998. Observation de la prédation d’un échenilleur Coracina newtoni sur un Gecko vert Phelsuma borbonica. Bulletin Phaethon, 8 : 103.

METEO-FRANCE. 2007. Direction Interrégionale de La Réunion. Service climatologie. Ste Clotilde.

PROBST, J-M. 1995. Note sur la présence du Gecko vert des forêts Phelsuma borbonica sur les poteaux électriques de basse tension (île de La Réunion). Bulletin Phaethon, 2 : 105.

PROBST, J-M. 2001. Découverte d'oeufs sub-fossiles de Phelsuma borbonica dans l'ouest de La Réunion et observation littorale actuelle de l'espèce. Société géographique de La Réunion, Bulletin Phaethon, 1 : 10-11.

PROBST, J-M. 2002. Faune indigène protégées de l'île de La Réunion. Association Nature et Patrimoine. 111 pp.

PROBST, J-M & DESO, G. 2001. Fiche du patrimoine naturel à protéger. Le Gecko vert des forêts Phelsuma borbonica. Bulletin Phaethon, 13: 23-25.

SANCHEZ, M. 2007. Ecologie d'une espèce protégée, le lézard vert des Hauts, Phelsuma borbonica (Mertens, 1966). Mémoire de Master 1 BEST, Université de La Réunion, France. 66 pp.

TRIOLO, J. 2005. Guide pour la restauration écologique de la végétation indigène. ONF. 88 pp.

Sites Internet :

CBNM. 2007. Conservatoire Botanique National de Mascarin. Mascarine : Système d'information de la flore et des habitats de La Réunion. Index de la flore vasculaire de la Réunion. Version 2007.1 (mise à jour le 12 juin 2007)
http://flore.cbnm.org/index.php

UETZ, P. & HALLERMAN, J. 2008. Base de données des Reptiles D’cEmbl. Les Geckonidés. (Mise à jour le 11 février 2008)
http://www.reptiliaweb.org

VAN HEYGEN, E. 2004. Base de données sur les Phelsuma. (Mise à jour le  24 novembre 2004)
http://www.phelsumania.com

Publié dans : natureetpatrimoine
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 2 décembre 2007 7 02 /12 /Déc /2007 14:26
Bulletin Phaethon, 25 : 24-28

Observation d'une ponte de Phelsuma borbonica borbonica   (Mertens, 1966) (Reptilia : Sauria : Gekkonidae) en présence de fourmis exotiques (Hymenoptera : Formicidae)

Mickaël SANCHEZ *

Association "Nature Océan Indien", étudiant en Master de "Biologie des Ecosystèmes Tropicaux"
à l'Université de La Réunion,
* 8 rue Pierre de Coubertin, Résidence les Olympiades 1, appt 19, 97490 Ste Clotilde,
Ile de la Réunion, France
(mickael.sanchez974@gmail.com)

Résumé : Cette note présente l'observation d'une ponte de lézard vert des Hauts, Phelsuma borbonica, en présence de nombreuses fourmis exotiques.
Mots clés : Phelsuma borbonica; Fourmis exotiques; île de La Réunion.

Summary: This note presents a Reunion day gecko, Phelsuma borbonica ' laying in presence of many exotic ants.
Key words: Phelsuma borbonica; exotic ants; Réunion Island.

Introduction
    Phelsuma borbonica (Mertens, 1966) nommé communément le lézard vert des Hauts, est une espèce endémique de l'île de La Réunion (Bour & Moutou, 1982 ; Moutou, 1983 ; Cheke, 1987 ; Girard, 1995, 1997 ; Henkel & Schmidt, 2000). Cette espèce fait l'objet de mesures de gestion et de protection depuis l'Arrêté ministériel du 17 février 1989 (J.O., 1989). Ce petit reptile d'une quinzaine de centimètres fait partie de la famille des Gekkonidae. Cette famille comprend 85 genres et plus de 1050 espèces dans le monde (Uetz, 2006). Parmi le taxon P. borbonica il existe trois sous espèces : P. borbonica mater (Meier, 1995), P. borbonica agalegae (Cheke, 1975), et P. borbonica borbonica (Mertens, 1966) (Austin et al.,  2004 ; Cheke, 1975 ; Van Heygen, 2004). L'observation décrite dans cette note a été réalisée sur une ponte de P. borbonica borbonica, situé sur la route de Grand Etang (commune de St Benoît).

Détail de l'observation :
Le 23 janvier 2007, alors que nous prospections la route de Grand Etang pour observer les lézards verts des Hauts, J. Eisenbach et moi même avons observé un jeune lézard vert à proximité d'un coffret EDF. Intrigués par la probabilité de trouver une ponte dans ce coffret, et après avoir obtenue l'autorisation de sa propriétaire, nous avons ouvert le coffret pour y trouver deux agglomérats d'oeufs. Une somme de dix-huit oeufs fut comptée, dix étant disposés sur la plaque de verre du compteur et huit sur la porte du coffret. Après ce relevé d'information, nous décidons de refermer délicatement la porte du coffret pour éviter plus de dérangement.

Le 29 mai 2007, lors d'une seconde prospection, je n'aperçu aucun lézard vert à proximité du coffret. Souhaitant savoir si les oeufs étaient encore en place ou avaient éclos, une deuxième inspection du coffret EDF a été réalisée. Dans le premier agglomérat disposé sur la porte du coffret, cinq oeufs étaient éclos. Sur la plaque de verre du compteur,  tous les oeufs avaient éclos. Néanmoins le coffret était envahi par de petites fourmis noires. Une colonne de fourmis traversait la porte du coffret en passant par l'agglomérat d'oeufs. Une vingtaine de ces hyménoptères était concentrée sur un des oeufs non éclos (Fig. 1). Le second agglomérat d'oeufs était aussi fortement occupé par les fourmis, une partie se concentrant à
l'intérieur d'un oeufs semblant avoir récemment éclos (Fig. 2).


Figure 1. Oeufs de P. borbonica borbonica sur la porte du coffret EDF, en présence de petites fourmis noires. Photo : M. Sanchez.


Figure 2. Oeufs  de P. borbonica borbonica collés sur la vitre du compteur EDF, occupés par de nombreuses fourmis. Photo : M. Sanchez.

Suite à cette observation nous avons demandé une identification photographique auprès de M. Blard (Insectarium du Port de La Réunion), qui pense pouvoir affirmer qu'il s'agit d'une espèce du Genre Technomyrmex (Mayr, 1872). Il s'agit probablement de Technomyrmex albipes (Smith, 1861), espèce invasive très commune sur l'île de La Réunion (F. Blard com. pers.) (ISSG, 2007 ; Antweb, 2007). Une récolte postérieure de spécimens et une analyse photographique (réalisé à l'aide d'une loupe binoculaire et d'un appareil photo numérique adapté) a permis de confirmer cette première identification (Fig. 3).

Figure 3. Technomyrmex albipes. Photo : M. Sanchez.

    Technomyrmex albipes est une espèce omnivore, très attirée par les aliments sucrés mais également par les insectes morts et par toutes sortes de protéines (Warner, 2003). Elle est classée parmi les fourmis "vagabondes" (définie en français par L. Passera (1993)) qui sont des fourmis partageant des attributs génétiques, comportementaux, et écologiques influençant leur probabilité d'être transportées, de s'établir et de se disséminer sur un territoire. Elles ont un fort impact écologique car elles peuvent affecter la biodiversité indigène des milieux envahis, directement en étant en concurrence ou prédatrices de la faune indigène ; ou indirectement en modifiant la structure de l'habitat et en altérant certains processus écologiques (Australian Government, 2006).

Discussion

    Le dernier inventaire de la myrmécofaune de l'île de La Réunion fait office de 27 espèces de fourmi (Blard et al,.  2003). Plus de la moitié sont des espèces dites "vagabondes" et 2 seulement sont endémiques. Par le passé, quelques observations de la prédation de fourmis carnivores sur la faune réunionnaise ont déjà été recensées. Nous pouvons citer l'observation d'une prédation sur le lézard vert de Manapany, Phelsuma inexpectata, en juillet 2003 par A. Turpin (Turpin, 2002) ou encore une observation de prédation par la Fourmi de feu Solenopsis geminata (Deso & Probst, 2007).

    Les fourmis du Genre Technomyrmex ne sont pas réputées pour être agressives et carnivores. Cependant nous pouvons noter que sur l'île Maurice la présence de Technomyrmex albipes perturbe des interactions essentielles pour une plante menacée mauricienne, Roussea simplex. En effet, ces fourmis font fuir son actuel pollinisateur, Phelsuma cepediana, lorsqu'elles sont présentes dans les fleurs (Hansen, 2005, 2006).

Conclusion

    Nous pouvons nous interroger quant à la présence de ces fourmis exotiques sur et dans les oeufs du lézard vert. L'espèce Phelsuma borbonica présente-t-elle la même sensibilité que son voisin mauricien Phelsuma cepediana ? Les fourmis se nourrissent-elles du liquide amniotique restant dans l'oeuf après l'éclosion ou attaquent-elles les juvéniles dès leur sortie de l'oeuf ? Une étude approfondie serait nécessaire pour répondre à ces questions.

Remerciements

Pour leur relecture avisée, je tiens à remercier, J-M. Probst, G. Deso,  A. Gandar et    C. Ah Peng. Merci également à F. Blard pour son aide à la détermination de l'hyménoptère. Merci aussi à F. Guérin,  J. Clemencet, et au laboratoire PVBMT de l'Université de La Réunion pour le prêt de son matériel.

Bibliographie

AUSTIN, J.J., ARNOLD, E. N., JONES, C. G. 2004. Reconstructing an island radiation using ancient and recent DNA: the extinct and living day geckos (Phelsuma) of the Mascarene islands. Molecular Phylogenetics and Evolution. 31 (1):109-122.

AUSTRALIAN GOVERNMENT, Department of Environment and Heritage, 2006. Threat Abatement Plan. To reduce the impacts of tramp ants on biodiversity in Australia and its territories. 1-24.

BLARD, F., DOROW, W. H. O., DELABIE, J. H. C. 2003. Les fourmis de l'île de la Réunion (Hymenoptera, Formicidae). Bulletin de la Société entomologique de France, 108 (2) : 127-137.

BOUR, R. & MOUTOU, F. 1982. Reptiles et amphibiens de l'île de La Réunion. Info Nature 19 : 121-156.

CHEKE, A.S. 1987. An ecological history of the Mascarene Islands, with particular reference to the extinctions and introductions of land vertebrates. In Diamond A. W.; Cheke A. S. and Elliott H. F. I. (eds.). Studies of Mascarene Island Birds, pp. 5-89. Cambridge, Univ. Press.

CHEKE, A.S. 1975. An undescribed gecko from Agalega: Phelsuma agalegae sp. nov. Bull. Mauritius Inst. 8, 33-48.

DESO, G. & PROBST, J.M. 2007. Lycodon aulicus Linnaeus, 1758 et son impact sur l’herpétofaune insulaire à La Réunion (Ophidia : Colubridae : Lycodontinae). Bulletin Phaethon, 25 : 29-36.

GIRARD, F. 1995. Observations sur la biologie de Phelsuma borbonica Mertens, 1966 (Reptilia, Gekkonidae). Revue fr. Aquariol., 21 (3-4) : 119-120.

GIRARD, F. 1997. Présentation des espèces du genre Phelsuma vivant sur l’île de La Réunion. Bulletin de la Société herpétologique de France. N°84 : 55-56.

HANSEN, D.M. 2005. Pollinisation of the enigmatic Mauritian endemic Roussea simplex (Rousseaceae) : Birds or geckos? Ecotropica 11: 69–72.

HANSEN, D.M. 2006. Ecology, Evolution and Conservation of plant-animal interactions on islands. PhD thesis. University of Zurich, Zurich.

HENKEL, F-W. & SCHMIDT, W. 2000. Amphibians and Reptiles of Madagascar and the Mascarene, Seychelles, and Comoro Islands. Malabar, Florida. Krieger Publishing Company. 316 pp.

J.O. Journal officiel de la République française du 24 mars 1989. Arrêté fixant des mesures de protection des espèces animales représentées dans le département de La Réunion.

MEIER, H. 1995. Neve Nachweise von Phelsuma borbonica auf Reunion, Maskarenen, mit dem Versuch einer taxonomischen Einordnung. Salamandra, 31 (1) : 33-40.

MOUTOU, F. 1983. Identification des reptiles réunionnais. Info Nature 20 : 53-62. 

PASSERA, L. 1993. Quels sont les caractères étho-physiologiques des "fourmis vagabondes"? Actes des Colloques Insectes Sociaux, 8 : 39-45.

TURPIN, A. 2002. Un gecko vert de Manapany Phelsuma inexpectata victime d’une attaque mortelle de fourmis carnivore. Bulletin Phaethon, 15 : 56.

WARNER, J.R. 2003. Bait preferences and toxicity of insecticides to white-footed ants Technomyrmex albipes (Hymenoptera : Formicidae). PhD Thesis. University of  Florida.

Sites Internet :

Antweb, 2007. The California Academy of Sciences. (Mise à jour le 16 août 2007)
http://www.antweb.org

Invasive Species Specialist Group (ISSG) of the IUCN Species Survival Commission. Global Invasive Species Database, 2007. Technomyrmex albipes. Available from: http://www.issg.org/database/species/ecology.asp?si=1061&fr=1&sts=sss 
(Mise à jour le 19 juillet 2007).

UETZ, P. 2006. Base de données des Reptiles D’cEmbl. Les Geckonidés. (Mise à jour le 14 mai 2007).
http://www.reptiliaweb.org

VAN HEYGEN, E. 2004. Base de données sur les Phelsuma.
(Mise à jour le 24 novembre 2004)
http://www.phelsumania.com
Par Jean-Michel PROBST - Publié dans : natureetpatrimoine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 21 septembre 2007 5 21 /09 /Sep /2007 06:50
Bulletin Phaethon, 25 : 43-44.

Première observation d’un goéland brun à La Réunion ?

Rémi Duguet*

*125 RD 41, Ravine à Malheur, 97419 La Possession

    Au cours d’une visite ornithologique à l’embouchure de la Rivière du Mât, le 26/11/2006 vers 17h00, face au littoral, j’ai observé un goéland immature, posé sur un îlot dans une des principales mares. Cette mare accueille habituellement en fin de journée un certain nombre de limicoles hivernants. Ils utilisent vraisemblablement les îlots comme dortoir. Le goéland a décollé au crépuscule et s’est dirigé vers le large pour passer probablement la nuit posé en mer. L’oiseau présentait une corpulence proche de celle d’un goéland brun. Je n’ai pas noté d’autres détails particulièrement utiles à l’identification de l’oiseau, à l’exception d’une mue sur les couvertures où apparaissait un gris de teinte assez claire.


Photo 1 : Larus sp. posé sur un îlot à l’embouchure de la rivière du Mât
(© Rémi Duguet – 26/11/2006)

    Cet oiseau était présent le lendemain au même endroit vers la même heure. J’ai pris des photos avec une lunette SWAROVSKI HABICHT AT 80 dans une lumière faible (voir photo). Il est parti en mer par la suite, où je l’ai revu en vol accompagné par un Noddi brun, qui, à une distance de 300 mètres environ, semblait de la même envergure. Ce goéland n’aurait pas été revu les jours suivants sur ce site.


Photo 2 : Larus sp. grossi au maximum
(© Rémi Duguet – 26/11/2006)

    Les photos ont été adressées pour identification à Adrian Skerrett du "Seychelles Bird Records Committee". D’après cet organisme, il s’agirait d’un goéland brun Larus fuscus (sensu lato). Il apparaît qu’il est utopique de déterminer les deux sous-espèces potentiellement présentes à La Réunion d’après des critères morphologiques (Rauste V., 2005 : Is it possible to identify subspecies of Lesser Black-backed Gulls Larus fuscus (sensu lato, incl. heuglini) as vagrants with certainty ? (In courriel d’A. Skerrett du 29/11/2006).

    A La Réunion Une observation de goéland immature Larus sp. avait déjà été notée le 4 février 1996 en Baie de Saint Paul par Christophe Thébaud (Probst, 1997).

    Notons que les photographies présentées ici seraient les premières réalisées sur cette espèce à La Réunion.

Remerciements

    Nous remercions Adrian Skerrett et le "Seychelles Bird Records Committee" ainsi que Christophe Thébaud et Guillaume Gélinaud pour leur participation amicale.

Bibliographie

LANGRAND, O. 1995. Guide des oiseaux de Madagascar. Delachaux et Niestlé, 1-415.

PROBST, J-M. 1997. Animaux de La Réunion - guide d’identification des oiseaux, mammifères, reptiles et amphibiens. édt. azalées, 1-168.

SKERRETT, A. ; BULLOCK, I. et DISLEY, T. 2001. Birds of Seychelles. Helm Field Guides, 1-320.

Par Jean-Michel PROBST - Publié dans : natureetpatrimoine
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 27 août 2007 1 27 /08 /Août /2007 16:12
Bulletin Phaethon, 1995, 2 : 75-76.

Observations de deux sternes nouvelles à La Réunion,
la Sterne de Saunders Sterna saundersi
et la Sterne huppée Sterna bergii


Jean-Michel Probst*

*Nature & Patrimoine
2 Allée Mangaron, Dos d’Ane, 97419 La Possession

Introduction

    Le guide d'identification qui fait référence à la Réunion (Barré & Barau, 1982) nous indique la présence d'une seule "sterne blanche" à La Réunion, la Sterne de Dougall signalée comme très occasionnelle. Peu d'observations sont collectées dans les Mascareignes (Staub, 1976). À La Réunion, Maurice et Rodrigues, des sternes blanches ont été observées mais pour la plupart, sont désignées comme non déterminées. Étant passionné par les oiseaux marins et ayant visité de nombreux sites de nidification de sternes en France et en Espagne, j'ai pu observer à maintes reprises, les principales espèces nicheuses européennes. Les sternes pierregarin, S. caugeck, S. hansel, S. de Dougall, S. naine et S. caspienne, ainsi que les trois guifettes, noire, moustac et leucoptère. À Maurice et Rodrigues, j'ai pu observer d'autres espèces tropicales : la Sterne fuligineuse, la S. saunders et les deux Noddis brun et à bec grêle (Probst, 1995). Ainsi, autour de l'île aux Serpents, on rencontre des nuages impressionnants de Sternes fuligineuses et des troupes importantes de Noddis bruns et de Noddis à bec grêle.

    À La Réunion, de septembre 1991 à juin 1994, habitant successivement à Grande Fontaine puis à Saint Paul, j'ai réalisé, à raison de 3 à 6 jours par semaine, des observations le long de la baie et autour de l'Étang de Saint Paul. Les observations ont été réalisées avec une longue-vue et, pratiquement tous les jours, avec ma paire de jumelles.

Observations de Sterne de Saunders

    Le 10 février 1992, en début de matinée et pendant 15 minutes, j'observe une petite sterne blanche qui survole le bras nord de l'étang de Saint Paul. Elle semble en vol de chasse car elle effectue de temps à autre des piqués à la surface de l'eau mais apparemment sans succès, finalement elle disparaît en direction de l'estuaire. La petitesse de cet individu, son bandeau et son bec noir, le plumage blanc grisé dessus, les épaules brun gris et la queue banche peu échancrée désigne une Sterne de Saunders immature. Le lendemain, à la même heure, 2 individus immatures étaient présents et effectuaient des vols entre le pont de la quatre voies et le bras du Moulin à eau :

-10/02/1992 : 1 individu immature en pêche à 200 mètres à l'Ouest du Moulin à eau observé entre 7hOO et 7hl5.
-11/02/1992 : De 6h40 à 7hO4, 2 individus immatures en vol au-dessus de l'étang de Saint Paul, entre le pont de la quatre voies et le Moulin à eau. Après 4 allées et venues, elles disparaissent en direction de la caverne des premiers Français.
-12/02/1992 : De 7hlO à 7hl4, même observation de 2 individus immatures en vol au-dessus de la partie d'eau libre la plus importante de l'étang, les 2 oiseaux disparaissent alors qu'ils se dirigent vers les bassins aquacoles du fond de l'étang. Cette petite espèce n'avait jamais été répertoriée à La Réunion. La Sterne de Saunders a également été observée à Maurice (Probst, 1995), à Madagascar (Langrand, 1990) et aux Seychelles (Penny, 1974).

Observations de Sterne huppée


    Le 10 mars 1993, une autre sterne, nettement plus grosse et à bec jaune, est posée sur la tonne située en face du Cimetière marin de Saint Paul. Sa taille est plus imposante que le Noddis brun dont un groupe de 20 individus étaient également présents sur ce même reposoir. Le grand bec jaune paille, le front blanc et le reste de la calotte noire en arrière du bec, le manteau gris clair et les rémiges primaires externes plus foncées désignent une Sterne huppée adulte en plumage non nuptial. Cette grande sterne ne paraît pas avoir été observée dans le reste de l'île. Notons que l'observation d'un adulte en avril est étonnante puisque cette sterne se reproduit à Madagascar d'avril à juillet (Langrand, 1990). Il s'agit peut-être d'individus sub adultes ou se reproduisant plus tard dans une île plus au Nord de La Réunion. La Sterne huppée niche également à Aldabra, aux Amirantes et aux Seychelles ( Penny, 1974).

-10/03/1993 : 1 individu adulte au milieu de 20 Noddis bruns sur la tonne de Saint Paul observé de 6h50 à son envol à 7h32.
-13/03/1993 : 3 individus (dont un immature) au milieu de 12 Noddis bruns. L’observation est interrompue à la suite d'un débarquement de pêcheurs à 7h 15.
-14/03/1993 : 2 individus adultes avec 46 Noddis bruns approchés à 5 mètres en Kayak de mer. L’envol des 2 oiseaux a lieu à 7h35 et à 7h41 (le premier en direction de Saint-Gilles, le 2ème plein Ouest, dans l'axe de la baie de Saint Paul).
-15/03/1993 : même observation de 2 individus entre 7hO0 et 7h20.
-19/04/1993 : 1 individu immature en compagnie de 59 Noddis bruns.
-22/04/1993 : 1 individu immature en vol en face du Cap de la Marianne et autour de la tonne mais sans se poser entre 7h20 et 7h 24.
-28/02/1994 : 1 individu immature sûrement le même que le 22 avril posé sur la tonne en compagnie de 5 Noddis bruns.
-08/03/1995 : 2 individus adultes et 1 petite sterne blanche indéterminée (pierregarin?) avec 18 Noddis bruns; envol des deux individus en direction de Saint Gilles après l'approche d'une barque de pêche à 7h23.
-10/04/1995 : 1 ind. adulte sur la tonne, au milieu de 17 Noddis bruns, s'envole à 7h42.

    Les observations de « sternes blanches » n'ont été que peu répertoriées auparavant. Ceci nous incite à relater d'autres observations d'espèces déjà observées dans les eaux réunionnaises : dans la Baie de Saint Paul, la Sterne de Dougall (2 individus le 16 janvier 1992) et la Sterne bridée (3 individus se suivent le 22 novembre 1991 et 8 individus le 25 novembre 1991) ; la Guifette moustac (3 individus le 18 avril 1992, au-dessus des bassins aquacoles de Savanah). Les observations de la Sterne de Saunders et de la Sterne huppée enrichissent l'avifaune locale de deux espèces migratrices tropicales non décrites jusqu'alors dans la bibliographie ornithologique de l'île de La Réunion. Les colonies de nidification les plus proches de notre île se trouvent à Madagascar.

Bibliographie

BARRE, N. et BARAU, A. 1982. Oiseaux de la Réunion. Imprimerie Arts graphiques modernes, St Denis, La Réunion, 1-196.

LANGRAND, O. 1990. Guide to the Birds of Madagascar. Yale University Press.

PENNY, M.J. 1974. The birds of Seychelles and the outlying islands. Collins Son, 1-160.

PROBST, J-M. 1995. Liste commentée des limicoles et des oiseaux marins migrateurs observés à l'île Maurice et plus particulièrement dans le lagon de Mahébourg. Bulletin Phaethon, 1 : 4-8.

Par Jean-Michel PROBST - Publié dans : Bulletin Phaethon 1995 2
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 23 août 2007 4 23 /08 /Août /2007 18:41
Bulletin Phaethon, 1995, 2 : 107.

Plaidoyer pour l'Estuaire de Terre Rouge
Un lieu d'observation unique des limicoles
et des oiseaux d'eau
dans les Mascareignes
(Ile Maurice )


Késhava Abhaya & Jean-Michel Probst*

*Nature & Patrimoine,
2 Allée Mangaron, Dos d’Ane,
97419 La Possession

    Les oiseaux migrateurs et plus particulièrement les limicoles et les oiseaux d'eau doivent trouver sur leur zone de migration des lieux de repos et de nourriture non perturbés par les activités humaines. En tenant compte de l'éloignement plus ou moins important des couloirs de migration, on remarque que plus ces composantes sont respectées plus le nombre d'espèces et la quantité d’oiseaux migrateurs sont élevés.

    Le site concentrant le plus d'oiseaux migrateurs des trois îles des Mascareignes se trouve à l'embouchure du Ruisseau de Terre Rouge, à l'île Maurice. Ici, plusieurs centaines d'individus peuvent être observés en même temps. C'est aussi le site d'observation ou les espèces les plus rares des Mascareignes ont été répertoriées.

    Malheureusement, une décharge publique gagne peu à peu sur les rives de ce site exceptionnel. De plus, des projets d'extension du port de la ville de Port-Louis menacent gravement cet endroit si particulier qui recèle à la fois des zones de gravier servant de reposoir pour les oiseaux et des zones alimentaires variées. Ce milieu est caractérisé par la présence de flaques d'eau douce, de berges d'eau saumâtre ou de plage ouverte sur l'océan. Ce petit paradis à migrateurs concentre chaque année plusieurs centaines d'oiseaux et il joue un rôle attractif pour les espèces rares. Espérons que le projet de conservation du Ruisseau Terre Rouge soit accueilli favorablement par les décideurs et les aménageurs de l'île Maurice car il importe de sauvegarder, le mieux possible, cette zone de première importance pour les limicoles des îles Mascareignes et si possible de l’aménager en réserve naturelle avec des affûts spécialement conçus pour l'observation des oiseaux d’eau.

Liste préliminaire des espèces observées dans l'estuaire de Terre Rouge

Héron vert Butorides striatus Green-backed Heron,
Poule d'eau Gallinula chloropus Moorben,
Glaréole des Maldives Glareola maldivarum Oriental Pratincole,
Pluvier argenté Pluvialis squatarola Grey plover,
Grand gravelot Charadrius hiaticula Ringed Plover,
Pluvier du désert Charadrius mongolus Lesser sandplover,
Gravelot de Leschenault Charadrius leschnaultii Greater Sandplover,
Gravelot asiatique Charadrius asiaticus Caspian Plover,
Courlis corlieu Numenius phaeopus Whimbrel,
Courlis cendré Numenius arquata Common curlew,
Chevalier stagnatile Tringa stagnatilis Marsh Sandpiper,
Chevalier aboyeur Tringa nebularia Greenshank,
Bargette de Térek Xenus cinereus Terek Sandpiper,
Chevalier guignette Actitis hypoleucos Common Sanpiper,
Chevalier gris Heteroscellus brevipes Grey-Tattler,
Tournepierre Arenaria interpres Ruddy turnstone,
Sanderling Calidris alba Sanderling
Bécasseau tacheté Calidris melanotos Pectoral Sanpiper,
Bécasseau cocorli Calidris ferruginea Curlew Sandpiper,
Guifette leucoptère Chlidonias leucoptera White-winged-Black Tern,
Sterne pierregarin Sterna hirundo Common Tern,
Sterne naine Sterna saundersi Little Tern.
Par Jean-Michel PROBST - Publié dans : Bulletin Phaethon 1995 2
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 3 août 2007 5 03 /08 /Août /2007 08:14
Bulletin Phaethon, 1995, 1 : 14-17.

Capacité de vol étonnante
du Bulbul orphée Pycnonotus jocosus
(Ile aux Aigrettes – Ile Maurice)


Jean-Michel Probst*

* Nature & Patrimoine, 2 allée Mangaron, Dos d’Ane, 97 419 La Possession

Résumé : Alors que j’étais « Warden » pendant un an (1989-1990) sur l’île aux Aigrettes, des petits groupes de "Bulbul orphée" (ou "Condé") ont été observés survolant le lagon entre l'Ile Maurice et cet îlot. Les détails de leur survol quotidien du bras de mer et de leur comportement étrange sont décrits ci-dessous.

Présentation de l'île aux Aigrettes

    Réserve naturelle de 25 hectares qui culmine à 7 mètres, l'Ile aux Aigrettes ressemble à une soucoupe verte posée sur l'eau. Le centre de l'Ile est couvert d'une forêt sèche presque intacte, avec de nombreuses espèces végétales indigènes et endémiques (Strahm, 1987). On y trouve principalement le fameux "Bois d'ébène Diospyros egrettarum associé aux orchidées épiphytes Oeniella aphrodites et les "Bois d'éponge" Gastonia cutisponga. Le pourtour de l'île est beaucoup plus dégradé du fait de feux anciens et des "coupeurs de bois" qui venaient autrefois de l'Ile Maurice faire leur provision de "bois feux" (1). On remarque une ceinture végétale impénétrable de Leucaena leucocephala  au Nord et des zones buissonnantes impénétrables de Flacourtia indica  au Sud.

    Du fait de la tranquillité de la réserve naturelle, les oiseaux sont particulièrement abondants et la densité des nids importante. Avec le Bulbul orphée Pycnonotus jocosus (oiseau le plus fréquent), on trouve d'autres espèces introduites :

- la tourterelle striée Geopelia striata,
- le Martin Acridotheres tristis,
- les deux tourterelles Streptopelia chinensis  et S. picturata,
- le Foudi Foudia madagascariensis,
- le Moineau Passer domesticus.

    Les autres introduits qui suivent sont plus rares (moins de 3 observations en 8 mois) :

- le tisserin ou Bellier Ploceus cucullatus  (1 observation le 18/7/89)
- le bengali ou bec rose Estrilda astrild (2 observations le 8/6 et le 10/6/89)

    D'autre part, certains oiseaux indigènes utilisent l'île comme reposoir ou comme zone d'alimentation. Les espèces indigènes non nicheuses présentes sont par ordre de fréquence de rencontre :

- le courlis corlieu Numenius phaeopus (espèce présente toute l'année !) a des comportements étonnants de "nicheur" dans la forêt sèche située à l'intérieur de l'île. Des démonstrations territoriales sont souvent observées par les ornithologues de passage (comm. pers. Carl Jones et obs. personnelles).

- le Héron vert Butorides striatus qui, au moment de la marée basse, pêche tout autour de l'île. Des démonstrations territoriales face aux Faucons relâchés laisse supposer un site de nidification probable sur la côte Est de l'île.

- le Faucon crécerelle Falco punctatus  (relâché sur l'île)

- la Roussette Pteropus niger  a été observée une fois, la nuit du 5/5/89 sur un Badamier Terminalia catappa.

    On peut signaler ici qu'au début du mois d'octobre, des plaintes caractéristiques de Puffin du Pacifique Puffinus pacificus ont été entendues, trois nuits de suite, au Sud Ouest de l'Ile (zone rocheuse avec certaines cavités potentielles pour sa nidification) mais sans qu'aucun terrier ou preuve de nidification n'aient été découvert (2). Le reste de l'avifaune indigène est constitué par des oiseaux migrateurs, des limicoles et des oiseaux marins de passage (Probst, en prép.).

Liaison quotidienne du Bulbul orphée entre l'île Maurice et l'île aux Aigrettes

    Le départ et l'envol du Condé, de l'îlot aux côtes de l'Ile Maurice, suivent un rituel bien marqué. Les oiseaux, très bruyants, se regroupent sur les buissons bordant les rochers surplombants de l'Ile aux Aigrettes. Un individu s'élève en l'air suivi de près par les autres et redescend aussitôt, un autre prend le relais, toujours suivi par les autres, s'avance un peu au-dessus de la mer, puis le groupe retourne au point de départ. A chaque observation de ce phénomène quotidien, on peut retenir le nombre élevé des tentatives et les cris plus nombreux qu'à l'ordinaire (car le Condé crie dans de nombreuses occasions). Une fois le départ réellement pris, ils volent rapidement en vol compact jusqu'au rivage en face, à une hauteur estimée à environ trente mètres au-dessus de l'eau.

Observations de vols singuliers

    Le condé est observé en vol surplace, soit contre le vent, soit en l'air à côté d’une toile d’araignée qu’il pique au milieu de sa toile, ou encore lorsqu’il pique un fruit mûr.

    Lorsqu'il repère un fruit appétissant, par exemple la papaye Carica papaya, il vole sur place en battant très vite des ailes et creuse, ainsi suspendu dans le vide, la partie mûre du dessous (plus de 10 observations).

    Une observation de capture de Phalantha phalantha, un lépidoptère introduit très fréquent sur l'île, révèle un autre vol très particulier. S'adaptant à la stratégie de fuite du papillon qui tente d'abord une brusque montée verticale pour piquer ensuite vers le sol, le Condé accompagne le papillon dans sa montée (peut être pour l'isoler), puis le capture dans sa descente.

Observation et discussion autour d'un comportement inexpliqué

    Alors que de l'île aux Aigrettes, j'inspecte la côte mauricienne avec mes jumelles, un groupe formé d'une vingtaine d'oiseaux attire mon attention. Ce sont des Bulbul orphée qui semblent avoir quelques difficultés à voler contre le vent. Ils viennent de la pointe d‘Esny de l'île Maurice et se dirigent droit sur l'Ile aux Aigrettes. Quelques individus du groupe font des remontées désordonnées suivies de vol surplace comme s'il se sentent en danger et évaluent la distance pour rejoindre la côte. Le vent paraît les contrarier, mais petit à petit, ils reprennent leur vol dans ma direction. Quelques centaines de mètres plus loin, nouveau rassemblement vertical "en chandelle" et nouvelle progression vers l'île. Considérant la perte d'énergie importante au moment de ces mouvements désespérés, je m'attends à tout moment à l'abandon des individus les plus faibles physiquement. Cependant, les premiers oiseaux arrivent dans la zone abritée de l'île aux Aigrettes. Apparemment très fatigués, ils se posent sur les rochers littoraux. Le reste de la troupe suit quelques dizaines de mètres plus loin et je m'apprête intérieurement à les féliciter de tant de courage quand soudain : stupeur ! Un individu, puis deux, trois, quatre et finalement cinq se laissent "stupidement" tomber dans la mer !!! Ils sont tous sans exception dans la zone abritée, sans vague à une vingtaine de mètres à peine de la côte. Ils ne semblent nullement effrayés de leur situation (aucune tentative de s'échapper de l'eau). Ils paraissent au contraire se reposer pleinement. Voir ainsi ces oiseaux terrestres posés sur l'eau comme des canards est un spectacle des plus étranges.

Pourquoi ont-ils décidé de s'arrêter si près du but ?

    Je ne suis pas au bout de mes surprises. Alors qu'ils dérivent doucement en raison d'un courant lagunaire autour de l'île, un oiseau décolle de l'eau verticalement, avec une grande facilité ! Et les autres suivent, chacun à leur rythme. Tous sortent de l’eau en trois coups d'aile, avec la même aisance ! J'ai pu, par la suite, observer trois fois encore ce comportement, dont une fois en compagnie de Carl Jones. Les oiseaux venaient du même endroit et le schéma général était sensiblement le même. La répétition des observations montre que les bulbuls se posent délibérément sur l'eau, mais aucune explication n'a pu être apportée. En d'autres occasions, j'ai pu noter trois autres espèces d'oiseaux terrestres tombés dans l'eau (3) et retrouvés flottant autour de l'Ile (tous des juvéniles) mais qui n'arrivaient plus à s’envoler :

-Streptopelia chinensis  (2 ind.)
-Geopelia striata  (1 ind.)
-Falco punctatus    (1 ind.)

Conclusion

    L'abondance du Bulbul orphée à l'Ile aux Aigrettes ne s'explique pas simplement par la tranquillité du site, puisqu'au Domaine du Chasseur, situé dans le Sud de Maurice, des individus sont devenus presque apprivoisés et se servent derrière le bar des touristes. La familiarité de ces individus est telle qu'ils s'approchent à une distance d'environ 3 mètres (quelquefois plus près, d'après le personnel).

    Sur l'île, la fructification des "Prunes malgaches" Flacourtia indica  et d'autres espèces végétales fruitières indigènes et introduites sont un attrait majeur favorisant son abondance. Étant donné ses capacités de vol, il est à craindre que les îlots réserves au Nord de Maurice ne soient, dans le futur, également colonisés par cette espèce.

    Nous n'avons que peu de renseignements sur son régime alimentaire. D'après les ouvrages disponibles à Maurice ou à La Réunion, il serait omnivore et consommerait principalement des fruits, des graines, des insectes et pillerait quelquefois même, les couvées des nids (Barré & Barau, 1982, Michel, 1986).

    A l'avenir, il serait intéressant de noter plus précisément les variétés et les quantités de baies ou de fruits consommés par cette espèce tout au long de l'année. Ceci permettrait de cerner son impact sur les cultures fruitières comme sur l'environnement.

Bibliographie

BARRE, N. & BARAU, A. 1982. Les oiseaux de La Réunion, St Denis, 1-196.

MICHEL, C. 1986. Birds of Mauritius. Ed. Océan Indien, 1-46.

PROBST, J-M. 1995. Liste commentée des limicoles et oiseaux marins migrateurs observés à l’île Maurice et plus particulièrement dans le Lagon de Mahébourg. Bulletin Phaethon, 1 : 4-8.

STRAHM, W. 1987. The native flora of "Ile aux Aigrettes". Rep. int. Mauritius Wildlife Appeal Fund.


Notes de bas de page
(1) Aujourd’hui encore, dans la plupart des cases du littoral du lagon de Mahébourg, la cuisine se fait traditionnellement au feu de bois et le “Bois d’ébène“ est apprécié car étant dur, il brûle plus longtemps.

(2) La plupart du temps, les chants plaintifs du Puffin du Pacifique sont émis à terre, il est donc possible que cette espèce niche dans les trous rocheux de calcarénite. Il peut s’agir également d’une tentative d’installation. D’après le gardien “Michel“ : « il y avait autrefois des puffins de cette espèce sur les îlots du lagon de Mahébourg, mais depuis, ils ont été tous mangés » (sic !)

(3) La situation est ici différente puisque, au contraire du Bulbul orphée qui se laisse "tomber" dans l'eau, ailes écartées, il s'agissait probablement d'oiseaux intoxiqués avec les produits herbicides testés pendant un an contre les souches de pestes végétales (Flacourtia indica et Leucaena leucocephala)
Par Jean-Michel PROBST - Publié dans : Bulletin Phaethon 1995 1
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 27 juin 2007 3 27 /06 /Juin /2007 10:27
Bulletin Phaethon, 2002, 15 : 56.

Un gecko vert de Manapany Phelsuma inexpectata
victime d’une attaque mortelle de fourmis carnivores

Agnès Turpin *

*Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane,
97 419 La Possession


    Le Gecko vert de Manapany est une petite espèce de Geckonidae endémique de La Réunion. Malgré sa relative abondance dans certaines localité entre St Joseph et Grande Anse (Bour & Al., 1995), sa répartition restreinte en fait une des espèces de reptile les plus menacées de l'île de l'Océan Indien.

    Le 18/07/03, nous effectuons un tour de l'île naturaliste avec deux amis naturalistes métropolitains. À 10h30, nous nous arrêtons au village de Manapany pour l'observation classique de ses sympathiques geckos verts. Alors que nous scrutons aux jumelles les arbres d'un jardin privé, nous sommes attirés par une colonne de fourmis qui remontent le long d'un tronc de Vacoa.

    La file indienne de fourmis nous fait découvrir une situation assez invraisemblable ! Une véritable "boule de fourmis" recouvre entièrement un gecko vert femelle. Au début nous pensons que l'individu est mort. Mais en fait, il est bien vivant et se déplace à peine. Il alterne des moments immobiles et des rares mouvements au ralentis.

    Sa queue est en partie dévorée et il ne reste que ses vertèbres ! Il semble bien que les fourmis sont en train de le manger vivant. Il s'agit probablement d'une espèce introduite qui dévore une espèce endémique. C'est assez insoutenable et nous essayons en vain d'arrêter la scène.
Après quelques échanges sur "le droit d'intervenir dans le monde animal" et notre "antropomorphisme" nous décidons de continuer notre exploration et de revenir sur le site plus tard.

    Nous retournons finalement 2h30 plus tard. Le cadavre du gecko vert est à la même place, mais toute la tête a été dévorée ainsi que les pattes, une grande partie de la queue et du ventre. Le flot de fourmis sur le tronc et sur le corps du gecko semble légèrement inférieur. Encore 2 heures et il ne resterait sans doute plus rien.

    À Saint-Paul, Jean-Marie Louisin m'avait déjà raconté une scène presque similaire où des jeunes endormis avaient tout simplement été dévorés par des fourmis.

    Au Port, Christian Guillermet de l'Insectarium m'avait également sensibilisé aux attaques fulgurantes de cette fourmis sur des animaux captifs.

    À La Possession, Jean-Michel Probst a eu plusieurs souris d'élevage juvéniles dévorées de la même manière. Après leurs passage, il ne restait plus que les os et les poils.

    À Pichette, Gilberte Lebeau a également observé cette scène sur des poussins de poule dévorés dans l'œuf au moment de l'éclosion (comm. pers. J-M Probst).

    Cette observation de la prédation des fourmis sur la faune endémique devrait motiver une étude plus large sur ce type de prédation.

    Est ce que cette observation d'attaque sur une espèce non domestique est un cas isolé ? Est ce que cette espèce ne vit que dans les zones anthropisées et non dans les forêts indigènes ? Est ce que d'autres cas seraient connus notamment sur le gecko vert des forêts ?

    On peut également se poser la question de son impact sur les poussins de petits oiseaux forestiers très rares comme le Tuit-tuit ?


NDLR : L'observation d'une attaque de fourmis sur un reptile endémique étant intéressante, l'article a été accepté. On peut toutefois fortement regretter l'absence de photos, de prélèvement, ... qui auraient pu permettre une identification du prédateur. Deux espèces carnivores sont toutefois connues : Pheidole megacephala et Solenopsis geminata. Il existe plus d'une trentaine d'espèces de fourmis sur l'île. Aussi, nous demandons à tout observateur d'être vigilants sur ces attaques peu connues et de récolter si possible la petite bête incriminée. Enfin, notons que, Fabrice Blard, un entomologiste de l'Insectarium du Port, rédige actuellement une thèse sur les fourmis envahissantes de l’île de La Réunion.


Par Jean-Michel PROBST - Publié dans : Bulletin Phaethon 2002 15
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 21 juin 2007 4 21 /06 /Juin /2007 10:20
Bulletin Phaethon, 25 : 29-36.

Lycodon aulicus  Linnaeus, 1758
et son impact sur l’herpétofaune insulaire à La Réunion
 (Ophidia : Colubridae : Lycodontinae)


Grégory DESO  &  Jean Michel PROBST

Association Nature et Patrimoine 2 Allée Mangaron
Dos d’Ane, 97 419 La Possession, Ile de la Réunion
(deso.gregory@free.fr); (jean-mi.probst@wanadoo.fr)

 

Photo 1 : Femelle adulte de 63cm observée à la Rivière des Galets
(© J-M. Probst)


Résumé : Suite à l’introduction de la couleuvre loup Lycodon aulicus sur l’île de La Réunion, nous tentons de montrer l’impact négatif du colubridae sur deux autres espèces de l’herpétofaune insulaire.
Mots clés : Lycodon aulicus ; Phelsuma inexpectata ; Cryptoblepharus boutonii ; introduction ; prédation ; La Réunion ; pholidose ; coloration.

Summary : Following the introduction of the Wolf snake Lycodon aulicus on Reunion Island, we present here its negative impact the colubride of two insulars species herpetology.
Key words : Lycodon aulicus ; Phelsuma inexpectata ; Cryptoblepharus boutonii ; Introduction ; Predation ; Reunion Island ; Pholydose ; Coloration.

Introduction

    La Couleuvre-loup indienne, appelée « couleuv’miel » en créole, Lycodon aulicus, est présente sur l’île de La Réunion depuis plus de 160 ans (Bour & Moutou, 1982 ; Moutou, 1983 ; Cheke, 1987). Les travaux de Benedetto, Lanza (1999) sur Lycodon, tenteront à considérer l’espèce aulicus comme mono-spécifique. Ce genre comprend 24 autres espèces à travers le monde (Lanza, 1999). Le genre Lycodon Boié, 1826, a été placé dans la sous famille des Colubrinae par Smith  (1943) puis par Mc-Dowell  (1987). Cependant, il est aussi quelquefois classé dans la sous-famille des Lycodontinae par Obst et al. (1984) et par Dowling & Duellman (1978).

    La première mention de cette couleuvre est attribuée à Rousseau qui a visité l’île en 1839 et l’a trouvée commune (Cheke & Hume, in press). Ce Colubridae a donc probablement été introduit aux alentours des années 1830 sur l’île de La Réunion. Aujourd’hui, Lycodon aulicus est assez bien réparti autour de l’île de La Réunion. On peut le rencontrer de 0 à 1100 mètres d’altitude (Probst & Deso, en préparation). Anthropophile, ce serpent affectionne les habitations, mais aussi les interstices comprimés des végétaux (par exemple les feuilles engainantes des Pandanus sp, des Cocotiers, de divers Palmiers, des Bananiers, etc. (obs. pers). Cette espèce présente des mœurs nocturnes et discrètes. Il se nourrit essentiellement de petits sauriens et occasionnellement de petits rongeurs (Klemmer, 1970 ; obs. pers.).

    Les assemblages de reptiles introduits sur les îles engendrent fréquemment des impacts catastrophiques sur les espèces endémiques et indigènes (Case et al., 1991 ; Rodda & Fritts, 1992 ; Jones, 1993 ; Matyot, 2004). Souvent leur incidence est rapide, surtout quand il s’agit d’espèces aux mœurs plus ou moins similaires. Citons le cas préoccupant des Nactus. sp. (Gekkonidae) présents sur les îlots satellites mauriciens, dont les populations sont aujourd’hui réduites au seuil critique. Cette régression est en grande partie induite par un gecko exotique : Hemidactylus frenatus (Cole et al., 2005). Lycodon aulicus, qui est introduit dans de nombreuses îles océaniques, est bien connu pour son impact négatif sur les reptiles insulaires (Harris, 2000 ; Rodda et al., 2002 ; Dunlop et al., 2005 ; Cogger, 2006).

    En comparant notre situation à celle des autres îles, la présence de ce serpent sur l’île de La Réunion nous conduit à s’interroger sur l’ampleur de l’impact des prédations qu’il entraîne. Selon Lever (2003), l’introduction du Lycodon aulicus dans l’archipel des Mascareignes aurait eu un rôle important dans la disparition du Scinque de Bojer, Gongylomorphus bojerii. A La Réunion, les espèces remarquables consommées par Lycodon aulicus sont essentiellement le Gecko vert de Manapany, Phelsuma inexpectata, le Scinque de Bouton, Cryptoblepharus boutonii et dans une moindre mesure le Gecko vert des forêts, Phelsuma borbonica.

Coloration, morphologie et pholidose

    Sur l’île de la Réunion, ce Lycodon est impossible à confondre avec le deuxième serpent introduit Ramphotyphlops braminus qui est de type fouisseur et vermiforme. En similitude au reste de son aire de répartition L. aulicus  possède une coloration de fond, marron foncé à marron clair. Il est toujours muni de plusieurs barres transversales allant du blanc pur au jaune pâle. Des femelles présentent un paterne de fond plus clair. Les adultes mesurent généralement entre 50 et 60 cm. Signalons un mâle de 74cm (G.D) et une femelle de 63cm (J.M.P) photographiés. Le Lycodon aulicus comporte une pholidose  caractéristique. Nous donnons ci-après notre analyse de l’écaillure des L. aulicus à La Réunion. 

    Il est muni d’une écaillure dorsale lisse (non carénée) et possède deux plaques pariétales qui s’arrondissent dans leurs parties extérieures ; on distingue une petite occipitale sub-triangulaire ; l’écaille frontale est plus longue que large et en forme de cloche ; les plaques supraoculaires sont de petites tailles et plus ou moins triangulaires ; les préfrontales larges, redescendent en région loréale ; il possède une grande écaille loréale de chaque côté ; les deux internasales sont en contact avec les écailles loréales et nasales ; les nasales sont petites, concaves et divisées entre la cavité respiratoire ; il possède deux postoculaires  dont la supérieure touche la pariétale ; l’écaille préoculaire (parfois segmentée) est en contact avec l’écaille loréale, la supraoculaire, et la préfrontale (parfois avec la frontale) ; on observe 9 supra-labiales (mêlée d’une coloration de brun et de blanc) dont les quatrièmes et cinquièmes sont en contact avec l’œil. La plaque préanale est divisée. On distingue deux écailles tympaniques dans la zone temporale. Nous comptabilisons à mi-corps 17 rangs d’écailles pour la face dorsale.

Listes des prédateurs introduits de reptiles

    Des animaux introduits, souvent envahissants, sont, suspectés de prédation à La Réunion. Une liste des espèces prédatrices de petits reptiles a été relevée à travers la littérature  :

    Au rang des mammifères : Les rats Rattus rattus et Rattus norvegicus (Delaugerre, 1980 ; Cheke, 1987 ; Cheylan & Grillet, 2004 ; Bell, 2002), la Musaraigne musquée Suncus murinus (Fretey, 1986 ; Varnham et al., 2002 ; Dunlop et al., 2005) et le Tenrec ou Tangue Tenrec ecaudatus (Petr, 2004).

    Au niveau des oiseaux : Le Bulbul orphée, Pycnonotus jocosus, le Martin triste, Acridotheres tristis (obs. pers)  et le Tisserin gendarme, Ploceus cucullatus (Payet & Abhaya, 1997). A noter également la prédation des coqs et des poules souvent élevés en semi captivité qui « nettoient » littéralement le terrain qu’ils fréquentent.

    Au niveau des reptiles : l’Agame arlequin, Calotes versicolor et l’Agame des colons Agama agama (Probst, 1997 ; Permalnaick et al., 1993 ; Diong, 1994 a-b ; Sharma, 1991 a-b ; Mauremootoo et al., 2003 ; Dhindsa et al., 1983 ; Bonorris & Ball, 1955).

    Au niveau des amphibiens : le Crapaud guttural, Bufo gutturalis (com. pers. Carl Jones)

    Au niveau des arthropodes : Les fourmis sont des prédatrices d’œufs et jeunes reptiles (Delaugerre, 1980 ; Paulo, 1988), la Fourmi de feu Solenopsis geminata introduite à La Réunion en est une prédatrice redoutable (Blard, 2006, Turpin, 2002 & obs. pers) ; les grands arthropodes omnivores Scolopendra morsistans et Scolopendra alternans, sans oublier la grande Mante religieuse, Mantis religiosa (Guillermet, 2007 ; Petr, 2004).

Observations de terrain

    Des prospections crépusculaires et nocturnes ont été effectuées dans le sud-ouest de l’île. Des observations de maraudes alimentaires et de reproduction du Lycodon aulicus ont été constatées dans l’habitat du Phelsuma inexpectata et du Cryptoblepharus boutonii.

    En 1998, derrière le lycée agricole de la ville de St Joseph, l’un d’entre nous (G.D) a observé de nuit un Lycodon aulicus en recherche alimentaire dans les racines de Pandanus utilis. L’observation s’est déroulée en bordure de falaise littorale où une petite population de Phelsuma inexpectata est établie.[Données WGS84 /degrés h dd°mm’ss : 21°23’04 Lat et 55°36’20 Long].

    Le 24/06/2001, en fin de journée à Petite-île et lors d’études menées par l’Association Nature et Patrimoine, un couple de Lycodon aulicus est observé. Les deux sujets sont en reproduction dans des fissures de rochers situées à quelques mètres de la mer (obs. pers). Signalons que les deux parties inférieures des corps entrelacés des Lycodon étaient étonnamment étalées au soleil (insolation). Un peu plus haut, entre un champ de canne à sucre et une falaise près du Cap du Fil, un individu a été observé et deux mues prélevées dans le tronc d’un Filao mort Casuarina equisetifolia. [la localité précise de cette station ne peut être donnée ici en raison de la rareté extrême d’une espèce au bord de l’extinction]. Cette localité abrite Phelsuma inexpectata (Bour et al., 1995 ; Duguet, 2006), mais aussi Cryptoblepharus boutonii, une espèce redécouverte récemment (Honsterette & Probst, 1999 ; Probst & Deso, 2001-a).

    Au cours de l’année 1999, dans la ville du Tampon, par temps couvert, un sub-adulte de L. aulicus est remarqué poursuivant un jeune Phelsuma inexpectata. En fin de journée, ce Lycodon est observé tout au long de sa maraude alimentaire (obs. G.D.). Suite à l’inspection d’un tube métallique par ce dernier, une fuite rapide d’un jeune P. inexpectata en résulte. La poursuite du Lycodon fut immédiate. Cependant la couleuvre sera capturée et déplacée volontairement avant toute possibilité de capture d’un de ces geckos endémiques. [Données WGS84 /degrés h dd°mm’ss : 21°16’04 Lat et 55°30’49 Long].

Discussion, Conclusion

    Du point de vue alimentaire les observations réunionnaises semblent essentiellement se rapporter à la capture de geckos nocturnes. Les Lycodon juvéniles se nourrissent de geckos juvéniles mais aussi, fait surprenant, de queue de gecko adulte qu’ils obtiennent en saisissant vigoureusement l’intéressé. Plus rarement les Lycodon adultes se nourrissent parfois de jeunes agames et pour les plus grands individus, de souriceaux. Les Gekkonidae concernés sont Hemidactylus frenatus, H. brooki, Gehyra mutilata (Girard, 1997 ; Guillermet, com. pers.).

    La chasse de cet ophidien nocturne sur des geckos endémiques diurnes est fortement suspectée. A Manapany, lors d’une prospection axée sur la recherche de L. aulicus au crépuscule, nous avons observé un Phelsuma inexpectata immobile entre les feuilles de Vacoa. Notre approche et l’écartement des feuilles n’ont semble t’il aucunement dérangé le gecko. On peut aisément imaginer la situation suivante : de nuit cette couleuvre, également arboricole, peut facilement capturer des geckos diurnes qui sont en repos nocturne. Aucune activité de ce gecko n’a été notée au-delà des 22H30 (Deso, 2001, 2007).

    L’existence du Lycodon aulicus sur l’île Maurice, est aussi considérée comme néfaste pour les Scincidae en premier et pour les autres petits lézards insulaires ensuite (Cheke & Hume, in press). Le serpent fait même l’objet d’un programme d’éradication sur l’île aux Aigrettes (Rodda et al., 2002). En parallèle au programme d’expulsion du serpent Boiga irregularis introduit sur l’île de Guam (Micronésie, Mariannes), un système de piégeage presque similaire, mais adapté pour L. aulicus est en cours d’étude par ces experts.

    N’omettons pas de mentionner la description de plusieurs cas de prédation de Lycodon capucinus (introduit sur l’île de Christmas et anciennement considéré comme sous espèce de L. aulicus (Smith, 1988 ; Fritts, 1993) ou comme espèce à part entière (Taylor, 1965 ; David & Vogel, 1996) sur le scinque Cryptoblepharus egeriae endémique de cette île. Trois de ces Scincidae insulaires sont décrits comme étant efficacement capturés et dévorés prestement par ce Lycodon (Fritts, 1993). La présence du L. aulicus non loin d’une petite population de Cryptoblepharus boutonii sur l’île de La Réunion, peut laisser présager une prédation similaire par ce Colubridae.

    Il apparaît clairement, que l’introduction de Lycodon aulicus pose des problèmes pour l’ensemble de l’herpétofaune autochtone de l’île de La Réunion. Afin d’assurer une meilleure protection des reptiles insulaires endémiques, nous pouvons suivre dans un avenir proche les mêmes techniques de piégeage proposées par nos confrères anglo-saxons.

Perspectives

    Toutefois, nous sommes plus réservés sur le fait qu’il soit possible d’éradiquer cette couleuvre d’une zone comme Manapany les bains.

    Cependant des pièges judicieusement placés et fréquemment relevés là où se rencontrent les plus fortes densités de Phelsuma inexpectata (et dans les micro-populations de Cryptoblepharus boutonii) serait plus que souhaitable et bénéfique au maintient du Gekkonidae endémique et du Scincidae autochtone. Pour P. inexpectata, des poteaux nichoirs (anti-prédateurs) confectionné par l’association Nature et Patrimoine pourraient être mis en place (Probst & Deso, 2001b).

    N’oublions pas que ces derniers sont menacés d’une extinction si aucune mesure de conservation n’est prise rapidement. Suite à l’apparition d’un phénomène imprévu comme l’épidémie récente de Chikungunya, la démoustication aux insecticides chimiques semble bien avoir touché des populations reptiliennes urbaines.

Remerciements

    Pour la relecture avisée, nous tenons à remercier le Dr Yvan Ineich du Muséum d’Histoire Naturel de Paris ; Anthony Cheke, Naturaliste spécialisé de la zone afro-malgache et Charles Pierre Blanc, Professeur émérite au Laboratoire de Zoogéographie Université Montpellier 3.

Références bibliographiques citées

BELL, B.D. 2002. The eradication of alien mammals from five offshore islands, Mauritius, Indian Ocean. In Turning the tide: the eradication of invasive species: 40-45. IUCN SSC Invasive Species Specialist Group. IUCN. Gland. Switzerland and Cambridge. UK.

BOUR, R. et MOUTOU, F. 1982. Reptiles et amphibiens de l'île de La Réunion. Info Nature 19 : 121-156.

BLARD, 2006.  Les Fourmis envahissantes de l’île de La Réunion : interaction compétitives et facteurs d’invasions. Thèse Université et Insectarium de La Réunion, 6 décembre 2006.

CHEKE, A.S. 1987. An ecological history of the Mascarene Islands, with particular reference to the extinctions and introductions of land vertebrates. In Diamond A. W.; Cheke A. S. and Elliott H. F. I. (eds.). Studies of Mascarene Island Birds, pp. 5-89. Cambridge, Univ. Press.

CHEKE, A.S. & HUME, J.P. in press. Lost land of the Dodo. London : A & C Black.

CHEYLAN, M. et GRILLET, P. 2004. Le Lézard ocellé. Edition Belin 2004.

COGGER, H. 2006. National Recovery Plan for Lister’s Gecko Lepidodactylus listeri and the Christmas Island Blind Snake Typhlops exocoeti. Published by the Australian Government Department of the Environment and Heritage. Made under the EPBC Act: November 2006.

COLE, N.C. ; JONES, C. ; HARRIS, S. 2005. The need for enemy-free space : The impact of an invasive gecko on island endemics. Biological Conservation 125. 467-474.

DAVID, P. & VOGEL, G. 1996. The snakes of Sumatra. An annotated checklist and key with natural history notes. Frankfurt am Main: Edition Chimaira, 260 pp.

DELAUGERRE, M. 1980. Sur l’histoire naturelle de Phyllodactylus europaeus (Gené, 1838). Port-Cros : etude d’une population naturelle. Travaux scientifiques Parc National de Port-Cros, 6 : 147-175,figs.

DESO, G. 2001. Note sur le transport insolite de Geckos verts le cas du Phelsuma inexpectata. Bulletin Phaethon, N°13 : 56.

DESO, G. 2007. Mise en évidence d’un comportement nocturne chez Phelsuma inexpectata Mertens, 1966 (Sauria : Gekkonidae) Bulletin Phaethon, N°25 : 20-23.

DHINDSA, M.S. AND H.S. TOOR. 1983. Reciprocal predation between weaver birds and a lizard species. J. Bombay Nat. Hist. Soc. 80:221–222.

DIONG, C.H. 1994a. Calotes versicolor (oriental garden lizard). Cannibalism and diet. Herpetol. Rev.25:25–26.

DIONG, C.H. ; CHOU, L.M. & LIM, K.K.P. 1994b. Calotes versicolor, the changeable lizard. Nature Malaysiana 19 (2): 46-54.

DOWLING, H.G. & DUELLMAN, W.E. 1978. Systematic herpetology : a synopsis of families and high-er categories. New York: Hiss Publications, III + 286 (discontinuous paging) + VIII pp.

DUNLOP, E. ; HARDCASTLE, J. & SHAH, N.J. 2005. Cousin and Cousine Islands, Status and Management of Alien Invasive Species. Island Invasives Status Review and Management Report, 1-66 p

FRITTS, T.H.1993. The common wolf snake, Lycodon aulicus capucinus, a recent colonists of Christmas Island in the Indian Ocean. Wildlife Research .20 (2) : 261-265.

GIRARD, F. 1997. Présentation des espèces du genre Phelsuma vivant sur l’île de La Réunion. Bulletin de la Société herpétologique de France. N°84 : 55-56.

GUILLERMET, C. 2007. "les Arthropodes, Myriapode Scolopendra morsitens", in http://chring.com.

HARRIS, D. 2000. A comparative study of the distribution, abundance and habitat use of two exotic and an endemic reptile species on Mauritius and the Ile aux Aigrettes, Indian Ocean. Norwich, England, unpub. M.S. thesis, Univ. of East Anglia. 63 p.

HONSTERETTE, E. & PROBST, J-M. 1999. Redécouverte d’un reptile considérer comme disparu depuis plus de 130 ans à La Réunion, le Scinque de Bouton Cryptoblepharus boutonii. Bull. Phaethon, 9 : 1-3.

JONES, C.1993. The ecology and conservation of Mauritius skinks. Procedings of the Royal Society of Arts and Sciences of Mauritius V, 71-92.

KLEMMER, K. 1974. Les Colubridés. In Le Monde Animal, Tome VI Reptiles. Éditions Stauffacher.

LANZA, B. 1999. A new species of Lycodon from the Philippines, with a key to the genus (Reptilia Serpentes Colubridae) Tropical Zoology 12: 89-104

LEVER, C. 2003. Naturalized Reptiles and Amphibians of the World. Oxford University Press, UK.

MATYOT, P. 2004. The establishment of the crested tree lizard, Calotes versicolor (Daudin, 1802) (Squamata: Agamidae), in Seychelles.

MC DOWELL, S.B. 1987. Systematics, pp. 3-50. In: Seigel R.A. et al., Edits. Snakes: ecology and evolutionary biology. New York : Macmillan Publishing Company, XIV + 529 pp.

MAUREMOOTOO, J.R. ; LECKRAZ, N.R. ; PUTTOO, M. ; BELLOUARD, E. ; GANESHAN, S. & BENI MADHU, S.P. 2003. Mauritius. Invasive alien species of. in southern Africa: national reports &directory of resources. (eds. I. A. W., Macdonald, J.K. Reaser, C. Bright, L.E. Neville, G.W. Howard, S.J. Murphy & G. Preston). Pp 12-37. Global Invasive Species Programme, Cape Town, South Africa.
 
MOUTOU, F. 1983. Identification des reptiles réunionnais. Info Nature 20 : 53-62.  

OBST, F.J. ; RICHTER, K. & JACOB, U. 1984. Lexicon der Terraristik und Herpetologie. Hannover: Landbuch-Verlag GmbH Hannover, 466 pp.

PAULO, O., 1988. Estudo eco-etologico da populaçao de Lacerta lepida (Daudin,1802) da ilha de berlenga. Relatorio de estagio de licencatura en biologia, FCUL, Lisboa, 314 p.

PAYET, M. et ABHAYA, K. 1997. Observation de la prédation d’un Bellier Ploceus cucullatus sur un gecko nocturne du Genre Hemidactylus sp. Bull. Phaethon, 6 : 108.

PERMALNAÏCK, L. ; DIDGEN, J.-C. ; HOARAU, Z. ; DEVEAUX, G. & ELMA, G. 1993. Les plus belles balades à la Réunion. Les Créations du Pélican, Lyon.

PETR, NECAS. 2004. Caméléons. Joyaux cachés de la nature. Edition Chimaira, 381p.

PROBST, J-M. 1999. Guide préliminaire des reptiles sédentaires de l’île de La Réunion et des îles éparses avec une liste des espèces migratrices et erratiques répertoriées depuis dix ans. Bulletin Phaethon, 10 : 60-94.

PROBST, J.M & DESO, G. 2001. Cryptoblepharus boutonii. Fiche du patrimoine naturel a conservé. Bulletin Phaethon. 14 : 104-105.

PROBST, J.M. & DESO, G. 2001.  Fiche du patrimoine naturel à Protéger. Le Gecko vert des forêts  Phelsuma borbonica. Bulletin phaethon 13 : 23-25.

PROBST, J.M. & DESO, G.  (en préparation). Atlas de distribution des reptiles et amphibiens de l’île de la Réunion. 1 ère édition.(titre provisoire)

RODDA, G.H. & FRITTS.T.H. 1992.The impact of the introduction of the colubrid snake Boiga irregularis on Guam’s lizards. Journal of Herpetology 26,166-174.

RODDA, G.H. FRITTS, T.H ; CAMPBELL, E.W ; DEAN-BRADLEY, K. ; PERRY, G. and QUALLS, C.P. 2002. Pratical concerns in the eradication of island snakes p. 260-265 in Veitch, C.R. and M.N. Clout. 2002. Turning the tide: the eradication of invasive species. IUCN Species Specialist Group. IUCN, Gland Switzerland and Cambridge, UK.

SHARMA, S.K. 1991a. Cannibalism by common garden lizard Calotes versicolor. J. Bombay Nat. Hist. Soc. 88 : 290–291.

SHARMA, S.K. 1991 b. Common garden lizard Calotes versicolor preying on Brook’s gecko Hemidactylus brooki.J. Bombay Nat. Hist. Soc. 88:459.

SMITH, M.A. 1943. The fauna of British India Ceylon and Burma, including the whole of the Indo-Chinese Sub-region. Reptilia and Amphibia. Vol. III. Serpentes. London: Taylor and Francis, XII + 584 pp.

SMITH, L.A. 1988. Lycodon aulicus capucinus a colubrid snake introduced to Christmas Island, Indian Ocean. Records of the Western Australian Museum, 14 (2) : 251-252.

TAYLOR, E.H. 1965. The serpents of Thailand and adjacent waters. The University of Kansas Science Bulletin, 45 (9) : 609-1096.

TURPIN, A. 2002. Un gecko vert de Manapany Phelsuma inexpectata victime d’une attaque mortelle de fourmis carnivores. Bull. Phaethon, 15 : 56.

VARNHAM, K.J. ; ROY, S.S ; SEYMOUR, A. ; MAUREMOOTOO, J.R. ; JONES, C.G. & HARRIS, S. 2002. Eradicating Indian musk shrews (Suncus murinus, Soricidae) from Mauritian offshore island. In : Veitch, C.R., Clout, M.N.(Eds), Turning the tide : The Eradication of invasives species Specialist Group, Species Survival Commission, World Conservation Union, Gland, Switzerland, pp. 342-350.

Par Jean-Michel PROBST - Publié dans : Bulletin Phaethon 2007 25
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 23 mai 2007 3 23 /05 /Mai /2007 16:56
Bulletin Phaethon, 5 : 44.

Les 10 résolutions urgentes pour sauver la planète

Collectif d’associations


Une liste des principales résolutions a été proposée par un collectif d’associations. Chacun à notre niveau, il est clair que nous sommes tous responsables devant l’avenir que nous laisserons à nos enfants. Dans un soucis de développement durable, nous présentons ici ces 10 résolutions urgentes qu’il importe d’avoir à l’esprit et de vulgariser et sensibiliser auprès des personnes qui nous entourent.





1. Rééquilibrer les rapports Nord – Sud

2. Maîtriser l’explosion démographique

3. Préserver les Habitats naturels

4. Mettre fin au gaspillage d’énergie

5. Diminuer la production de déchets

6. Réduire la pollution de l’air et notamment les émissions de gaz à effet de serre

7. Réduire la pollution des eaux

8. Réduire la pollution des sols

9. Maintenir la biodiversité

10. Mettre fin aux tests, à la production et au déploiement des armes nucléaires


Par Jean-Michel PROBST - Publié dans : Bulletin Phaethon 1997 5
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 14:57
Bulletin Phaethon, 1995, 2 : 73-74.

Check-list des amphibiens
et des reptiles de La Réunion,
incluant les espèces migratrices
observées depuis 1950 à 1995


Jean-Michel Probst* & Agnès Turpin*

*Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d’Ane, 97419 La Possession

    La liste des amphibiens et des reptiles présentée ci-après tente de faire la synthèse de toutes les espèces observées depuis 1950 jusqu’à ce jour, y compris les espèces migratrices (tortues marines) relevées dans les eaux territoriales de La Réunion (Bour & Moutou, 1982 ; Moutou, 1983 ; Probst, à paraître). Les espèces sont classées suivant la division taxonomique suivie par Glaw & Vences (1992). Après la mention de l’ordre et de la famille, le nom réunionnais ou, s’il n’existe pas, le nom français de l’espèce est suivi de son nom latin puis, dans deux colonnes, un code indique sa distribution et son statut. La légende utilisée pour les deux colonnes est présentée ci-dessous :

    1ère colonne : statut
    E    espèce éteinte depuis 1950
    V    espèce égarée
    TR    espèce très rare ou accidentelle
    R    espèce rare
    O    espèce occasionnelle observée chaque année mais irrégulièrement
    C    espèce commune
    A    espèce abondante
   
    2ème colonne : distribution
    *    espèce nicheuse endémique de La Réunion
    **    sous-espèce nicheuse endémique de La Réunion
    N    espèce nicheuse indigène
    I    espèce nicheuse introduite ou relâchée de la captivité
    M    espèce migratrice

    En cas d’observations nouvelles ou si vous avez des photographies de reptiles, nous vous invitons vivement à écrire vos commentaires ou suggestions aux auteurs.

Classe des AMPHIBIENS

ORDRE DES ANOURES

FAMILLE DES CRAPAUD - BUFONIDAE
Crapaud guttural     Bufo gutturalis      C    I


Photo : Crapaud guttural adulte dans la forêt semi sèche
(© Jean-Michel Probst)

FAMILLE DES GRENOUILLES - RANIDAE
Grenouille des Mascareignes    Ptychadena mascareniensis      C    I


photo : Grenouille des Mascareignes adulte, forme brune
(© Jean-Michel Probst)


Classe des REPTILES

ORDRE DES CHELONIENS

FAMILLE DES TORTUES MARINES - CHELONIDAE
Tortue franche ou Tortue verte    Chelonia mydas      TR    N
Tortue imbriquée  Eretmochelys imbricata    R    M
Tortue Caouane  Caretta caretta    ?    M
Tortue luth     Dermochelys coriacea    TR    M

FAMILLE DES TORTUES D’EAU DOUCE - EMYDIDAE
Tortue de Floride    Trachemys scripta      R    I

ORDRE DES SQUAMATES

FAMILLE DES AGAMES - AGAMIDAE
Agame arlequin    Calotes versicolor      C    I


Photo : Agame arlequin ou "Caméléon" en créole distribué dans les milieux perturbés du littoral jusqu'à plus de 1000 mètres d'altitude
(© Jean-Michel Probst)


FAMILLE DES CAMELEONS - CHAMAELEONTIDAE
Endormi     Chamaeleo pardalis      O    I

FAMILLE DES GECKOS - GEKKONIDAE
Lézard blanc    Gehyra mutilata      C    I
Margouillat des maisons    Hemidactylus frenatus      C    I
Margouillat des jardins    Hemidactylus (sic mabouia) brookii      C    I
Margouillat à queue jaune    Hemiphyllodactylus typus    O    I
Grand lézard vert géant malgache   Phelsuma madagascariensis      R    I


Photo : Gecko vert géant malgache à Sainte Suzanne
(© Jean-Michel Probst)


Lézard vert poussière d'or   Phelsuma laticauda     R    I
Lézard vert à bandes    Phelsuma lineata    TR     I
Lézard vert de Maurice    Phelsuma cepediana      TR    I
Lézard vert des forêts    Phelsuma borbonica      R    E


Photo : Gecko vert des forêts ou Gecko vert des Hauts
(© Grégory Déso)


Lézard vert de Manapany    Phelsuma inexpectata      TR     E


Photo : Gecko vert de Manapany
(© Jean-Michel Probst)


FAMILLE DES COULEUVRES DE TERRE - TYPHLOPIDAE
Couleuvre de terre    Ramphotyphlops braminus     C    I

FAMILLE DES COULEUVRES - COLUBRIDAE
Couleuvre loup    Lycodon aulicus    O    I


Photo : Couleuvre loup ou Couleuvre miel adulte
(© Jean-Michel Probst)


    Signalons que la Tortue verte est ici considérée comme très rare et non éteinte en raison de deux tentatives de ponte dans le Sud et l’Ouest de La Réunion. Mis à part l’observation par des plongeurs de la Tortue Caouane (observation à confirmer par des photographies), nous sommes heureux de présenter 2 espèces de reptiles nouvelles qui n’avaient jamais été publiées auparavant. Il s’agit de la Tortue luth  et du Grand lézard vert malgache  (Probst, à paraître).

Bibliographie

BOUR, R. et MOUTOU, F. 1982. Reptiles et amphibiens de l'île de La Réunion. Info Nature 19 : 121-156.

GLAW, F and VENCES, M. 1994. A fieldguide to the Amphibians and reptiles of Madagascar. Glaw et Vences Editors, Köln, Germany.

MOUTOU, F. 1983. Identification des Reptiles réunionnais. Info Nature 20 : 53-64.

PROBST, J-M. (à paraître). Animaux de La Réunion. éditions Azalées.
Par Jean-Michel PROBST - Publié dans : Bulletin Phaethon 1995 2
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Articles récents

Liste complète

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus