TURPIN, A. 2002. Un gecko vert de Manapany Phelsuma inexpectata victime d’une attaque mortelle de fourmis carnivores. Bull. Phaethon, 15 : 56.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 2002, 15 : 56.

Un gecko vert de Manapany Phelsuma inexpectata
victime d’une attaque mortelle de fourmis carnivores

Agnès Turpin *

*Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane,
97 419 La Possession


    Le Gecko vert de Manapany est une petite espèce de Geckonidae endémique de La Réunion. Malgré sa relative abondance dans certaines localité entre St Joseph et Grande Anse (Bour & Al., 1995), sa répartition restreinte en fait une des espèces de reptile les plus menacées de l'île de l'Océan Indien.

    Le 18/07/03, nous effectuons un tour de l'île naturaliste avec deux amis naturalistes métropolitains. À 10h30, nous nous arrêtons au village de Manapany pour l'observation classique de ses sympathiques geckos verts. Alors que nous scrutons aux jumelles les arbres d'un jardin privé, nous sommes attirés par une colonne de fourmis qui remontent le long d'un tronc de Vacoa.

    La file indienne de fourmis nous fait découvrir une situation assez invraisemblable ! Une véritable "boule de fourmis" recouvre entièrement un gecko vert femelle. Au début nous pensons que l'individu est mort. Mais en fait, il est bien vivant et se déplace à peine. Il alterne des moments immobiles et des rares mouvements au ralentis.

    Sa queue est en partie dévorée et il ne reste que ses vertèbres ! Il semble bien que les fourmis sont en train de le manger vivant. Il s'agit probablement d'une espèce introduite qui dévore une espèce endémique. C'est assez insoutenable et nous essayons en vain d'arrêter la scène.
Après quelques échanges sur "le droit d'intervenir dans le monde animal" et notre "antropomorphisme" nous décidons de continuer notre exploration et de revenir sur le site plus tard.

    Nous retournons finalement 2h30 plus tard. Le cadavre du gecko vert est à la même place, mais toute la tête a été dévorée ainsi que les pattes, une grande partie de la queue et du ventre. Le flot de fourmis sur le tronc et sur le corps du gecko semble légèrement inférieur. Encore 2 heures et il ne resterait sans doute plus rien.

    À Saint-Paul, Jean-Marie Louisin m'avait déjà raconté une scène presque similaire où des jeunes endormis avaient tout simplement été dévorés par des fourmis.

    Au Port, Christian Guillermet de l'Insectarium m'avait également sensibilisé aux attaques fulgurantes de cette fourmis sur des animaux captifs.

    À La Possession, Jean-Michel Probst a eu plusieurs souris d'élevage juvéniles dévorées de la même manière. Après leurs passage, il ne restait plus que les os et les poils.

    À Pichette, Gilberte Lebeau a également observé cette scène sur des poussins de poule dévorés dans l'œuf au moment de l'éclosion (comm. pers. J-M Probst).

    Cette observation de la prédation des fourmis sur la faune endémique devrait motiver une étude plus large sur ce type de prédation.

    Est ce que cette observation d'attaque sur une espèce non domestique est un cas isolé ? Est ce que cette espèce ne vit que dans les zones anthropisées et non dans les forêts indigènes ? Est ce que d'autres cas seraient connus notamment sur le gecko vert des forêts ?

    On peut également se poser la question de son impact sur les poussins de petits oiseaux forestiers très rares comme le Tuit-tuit ?


NDLR : L'observation d'une attaque de fourmis sur un reptile endémique étant intéressante, l'article a été accepté. On peut toutefois fortement regretter l'absence de photos, de prélèvement, ... qui auraient pu permettre une identification du prédateur. Deux espèces carnivores sont toutefois connues : Pheidole megacephala et Solenopsis geminata. Il existe plus d'une trentaine d'espèces de fourmis sur l'île. Aussi, nous demandons à tout observateur d'être vigilants sur ces attaques peu connues et de récolter si possible la petite bête incriminée. Enfin, notons que, Fabrice Blard, un entomologiste de l'Insectarium du Port, rédige actuellement une thèse sur les fourmis envahissantes de l’île de La Réunion.


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