PROBST, J.M. 1995. A propos des populations du Héron vert strié ou « Butor » Butorides striatus rutenbergi. Bull. Phaethon, 1 : 48.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1995, 1 : 48.

A propos des populations
du Héron vert strié ou « Butor »
Butorides striatus rutenbergi


Jean-Michel Probst*

*Nature & Patrimoine, 2 allée Mangaron Dos d’Ane,
97 419 La Possession

    Dans le monde, le Butor (nom réunionais), Héron vert ou Héron strié (noms français) est représenté par 30 sous-espèces différentes. La sous-espèce présente à La Réunion Butorides striatus rutenbergi est endémique des Mascareignes et de Madagascar (Langrand, 1990 ; Barré & Barau, 1982). La présence du Héron vert était considérée, il y a quelques années, comme occasionnelle, voire très rare. Il est signalé en 1963, 1966 et 1967, puis malgré des observations attentives, absent en 1974 et 1975. En 1979 et 1980, une dizaine d'individus sont de nouveau observés (Barré & Moutou, 1979). La population actuelle est donc beaucoup plus abondante qu'il y a quelques décennies.


-S'agit-il d'une augmentation de la population suite à leur protection ?
-D'une augmentation suite à l'installation de fermes aquacoles ?
-Ou plutôt, comme nous avons plutôt tendance à le croire, à un renforcement de population remontant à quelques dizaines d’années ?

    Le nom de « Butor » est un terme très ancien utilisé autrefois pour le Héron bihoreau de Bourbon, Nycticorax duboisi une espèce endémique aujourd'hui éteinte (Cowles, 1994). Nous pensons d'ailleurs que le nom de Butor utilisé dans la toponymie locale s'adresserait plus à la présence ancienne de cet oiseau dans un lieu précis qu'à celle généralement admise qui désignerait une personne rustre. La présence du « Butor » actuel semble remonter vers 1860 (Maillard, 1862). De 1990 à 1995, nous relevons cette espèce tout le long du littoral de l'île, non seulement sur le pourtour des trois étangs (Le Gol, Saint-Paul et Bois Rouge) mais aussi dans quinze ravines. Curieusement il semble absent de Grand étang (2 obs. seulement) alors qu'il est répertorié dans la ravine située juste à côté, la ravine des Marsouins, et ceci jusqu’à la cascade de l’Arc en ciel qui se trouve à l’aplomb de l’Usine électrique. D’après des pratiquants de canyon empruntant régulièrement cette ravine, le Héron vert remonterait même jusque vers 700 mètres d’altitude. Si cette observation était confirmée, il s’agirait de son record maximum d’altitude pour La Réunion et les Mascareignes. À Madagascar, le Butor est répertorié jusqu'à 1200 mètres d'altitude (Langrand, comm. pers.).

    À l'étang du Gol, ou l'espèce est la plus commune, 21 nids ont été comptabilisés pendant la période de nidification 1992-1993. C'est également dans ce site que le 10/11/1994, le nombre record de 42 individus a été comptabilisé entre 18H et 18H20 à la ferme aquacole. Les oiseaux fréquentant cet endroit semblent s'être habitués à la baisse de fréquentation humaine à la tombée de la nuit. Ils profitent ainsi en toute quiétude de l'abondance des poissons présents dans les bassins d'élevage. Compte tenu de nos données cartographiées et du nombre d'individus enregistrés, la population actuelle de Héron vert doit être comprise entre 100 et 120 couples. Une carte de répartition de cette espèce, de nouveaux détails concernant à la fois des descriptions nouvelles sur son plumage nuptial et sa nidification seront prochainement exposés dans ce bulletin.

Bibliographie

BARRE, N. & BARAU, A. 1982. Les oiseaux de La Réunion, St-Denis, 1-196.

COWLES, G.S. 1994. A new genus, three new species and two new records of extinct holocene birds from Reunion Island, Indian Ocean. Geobios, 27, 1 : 87-93.

LANGRAND, O. 1990. Guide to the Birds of Madagascar. Yale University Press. New Haven and London. 1-364.

MAILLARD, L. 1862. Note sur l'île de la Réunion (Bourbon). Vol. 1 Paris. 1-343, annexes A-R, pl. 1-27.
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