PROBST, J.M. et WINTER, M. 1995. Première observation d’un Gravelot à triple collier Charadrius tricollaris au Lac Dzaha (Mayotte - île des Comores). Bull. Phaethon, 1 : 31-32.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1995, 1 : 31-32.

Première observation d’un Gravelot à triple collier
Charadrius tricollaris
 
au Lac Dzaha (Mayotte - île des Comores)


Jean-Michel Probst* & Marie Winter**

* Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane, 97 419 La Possession
** Case les Ylangs, Combani, Mayotte


    Une étude en cours sur la faune et la flore de Mayotte nous a amené à visiter différents milieux afin de dresser des listes d’espèces animales et végétales leurs correspondants (à paraître). Le 29 janvier 1993, nous décidons d’établir un camp d’observation au Lac-cratère de Dzaha afin d’observer les Roussettes Pteropus seychellensis comorensis et les oiseaux d’eau. Après une courte prospection des rives à l’aide des jumelles, nous avons la surprise de rencontrer un limicole que nous n’avions jamais observé auparavant.

Prise de note de terrain

    Un peu à l’écart d’un petit groupe de Grand Gravelot Charadrius hiaticula, un gravelot à bec rouge et à poitrine barrée de deux colliers noirs explore méthodiquement la vasière. Son plumage dorsal et sa taille sont les mêmes que ceux des Grands Gravelots passant à côté de lui. Nous installons aussitôt la longue-vue pour noter les traits distinctifs. Le cercle orbital et le bec sont rouge vif. Le front blanc se poursuit par un fin sourcil blanc filant derrière l’œil. Les pattes sont de couleur jaune paille. L’ayant observé plusieurs minutes, à tour de rôle dans la longue-vue, nous décidons de l’approcher un peu plus près. Alors que nous sommes à 15 mètres de lui, le groupe de 6 Grands Gravelots qui l’accompagnait s’envole. Nous nous approchons encore un peu et réinstallons la longue-vue. Peu effrayé, ce gravelot nous laisse admirer ses détails colorés :

- Le bec rouge semble plus fin que C. hiaticula
- Les deux colliers noirs sont plus larges sur le devant de la poitrine et de même épaisseur que C. hiaticula
- Le plumage uniforme brun du dos aux caudales s’assombrit légèrement sur le dessus de la tête
- Les fins sourcils blancs se rejoignent derrière la nuque

    Après un hochement de la queue et un regard sur le côté, il s’envole en lançant un cri plaintif et file au ras de l’eau à la manière habituelle des gravelots. Au vol, aucune différence de plumage n’est remarquée.

Discussion

    Deux jours après, nous faisons part de notre découverte à Frédérique Néri (Naturaliste des Eaux et Forêts de Mayotte). Bon ornithologue de terrain, il nous donne d’excellents renseignements pour l’observation du Héron de Humblot Ardea humbloti et la Poule d’Allen Porphyrio alleni que nous observons le jour même au Dziani Caréhani. Il nous confirme que notre limicole n’a jamais été observé sur l’île (Louette, 1988).

    De retour à La Réunion, nous consultons divers guides d’identification. Les illustrations et les textes peu précis nous laissent quelques temps dans le doute. Sur les 30 espèces du Genre Charadrius, il n’en existe que deux qui possèdent à la fois un double collier associé au bec et au pourtour de l’œil rouge. Le critère des pattes jaunes de notre individu semble se rapporter au C. forbesi qui fréquente l’Ouest de l’Afrique. Le front blanc et les deux collier nettement marqués se rapprochent davantage du C. tricollaris dont la répartition Sud et Est de l’Afrique est plus proche de Mayotte. Une sous espèce C. t. bifronctatus se rencontre à Madagascar (Langrand, 1990). Entre ces deux espèces proches, ce sont finalement les illustrations du « Shorebirds » de Hayman (Hayman, Marchant & Prater, 1986) qui permettront d’éliminer nos doutes :

- Le bec est plus fin et surtout les deux mandibules sont rouge vif
- Le front blanc est contrasté avec le dessus de la tête
- Les deux bandes pectorales sont bien marquées

    Ces critères de détermination indiquent que nous avons à faire à un Gravelot à triple collier C. tricollaris. La couleur des parties molles des pattes ne sont pas un critère d’identification très sûr. La variation des couleurs des tarses, parfois très marquée, semble dépendre du développement sexuel de l’oiseau. À Madagascar, la sous-espèce C. t. bifronctatus n’a jamais été observée avec les tarses jaune paille (Comm. pers. Olivier Langrand).

Remarque

    Le lac cratère de Dzaha est situé au Sud Ouest de Petite Terre dans une région peu fréquentée. Son accès n’engage guère les touristes à emprunter les trois sentiers escarpés qui mènent au bord du lac. Les conditions pour un stationnement durable des limicoles semblent réunies :

- Nourriture disponible autour du lac ou à proximité
- Sécurité du site du fait de sa surface dégagée
- Absence de dérangement (les agriculteurs s’aventurent peu sur la vasière et le lac d’eau saumâtre a mauvaise réputation).

    Sur ce même site, nous avons relevé le même jour 6 autres espèces d’oiseaux d’eau :

- Grèbe castagneu Tachybaptus ruficollis
- Héron cendré Ardea cinerea
- Chevalier aboyeur Tringa nebularia
- Chevalier guignette Actitis hypoleucos
- Grand gravelot Charadrius hiaticula
- Gravelot de Leschenault Charadrius leschenaultii

Bibliographie

CLARK. A. 1982. Some observation on the behavior of the Three-banded-Plover. Ostrich. 53 : 252-7.

HAYMAN, P., MARCHANT, J. et PRATER, T. 1986. Shorebirds. An identification guide to the waders of the world. Chris. Helm Pub. London. 1800 birds painted in full colour, 214 maps, 1-412.

LANGRAND, O. 1990. Guide to the Birds of Madagascar. Yale University Press. New Haven and London. 1-364.

LOUETTE, M. 1988. Les oiseaux des Comores. Tervuren, Belgium : Musée Royal de l'Afrique centrale. Annales Sér. in -8, Sci. Zool. M.R.A.C. n°255 : 1-192.

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