FLORENS, V. et PROBST, J.M. 1995. Liste commentée des papillons diurnes observés à l’île aux Aigrettes. Bull. Phaethon, 1 : 22-25.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1995, 1 : 22-25.

Liste commentée des papillons diurnes observés
à l’île aux Aigrettes (île Maurice)


Vincent Florens* & Jean-Michel Probst**

*MWAF, Po Box 58, 10 Dr. Ferriere street, Port Louis, Mauritius
** Nature & Patrimoine, 2 allée Mangaron, Dos d’Ane, 97 419 La Possession

Localisation succincte et cadre de l'étude

    L'île aux Aigrettes est située dans la lagon de Mahébourg, au Sud de l'Ile Maurice. Le 30 novembre 1966, elle a été classée réserve naturelle  grâce à la richesse et à l'état de sa végétation indigène et endémique (pratiquement disparue sur les autres îlots). Depuis 1985, le Mauritius Wildlife Appeal Fund et le Lion's Club de Currepipe s'occupent de la gestion de l'Ile en collaboration avec tout organisme désirant aider la conservation des espèces mauriciennes. La responsable du projet de réhabilitation de l'île, Wendy STRAHM y dirige de nombreux programmes d'études et de conservation (régénération de la végétation indigène, éradication du Rat noir Rattus rattus, lutte contre les invasions biologiques, plantation des espèces endémiques menacées…). Cette île réserve est également le laboratoire d'étude de nombreux spécialistes du milieu naturel, de la faune et la flore menacée (cf. rapports annuels du MWAF).

Topographie et brève description du milieu

    De forme elliptique, elle ressemble, de loin, à un disque posé sur l'eau légèrement bombé en son centre. D'une surface de 25 hectares, elle est recouverte d'une forêt basse principalement composée d'espèces endémiques : Bois d'ébènes Diospyros egrettarum, Bois de bœuf Gastonia mauritiana, Bois de chandelle Dracaena concinna, Bois clou Eugenia lucida. En son centre, elle présente une végétation relique semblable à ce que pouvait être la forêt littorale mauricienne avant l'installation humaine.

Certaines zones de l'île sont malheureusement envahies de plantes introduites qui, sans intervention humaine, étoufferaient peu à peu la forêt d'indigène. L'île présente donc trois milieux distincts:

    - Une forêt claire d'espèces indigènes (partie centrale)
    - Un fourré presque impénétrable d'espèces exotiques (autour de l'île)
    - Des petites clairières temporaires (défrichés d'espèces exotiques)

Méthode

    Cette liste est constituée à la suite d'observations sur l'île d'avril 89 à mars 90 et d'une séance de capture au filet en Janvier 1990. Effectuée le 20/1/90, l'un de nous utilise le matériel classique (filet à papillon), pendant que l'autre note les observations. Nous réalisons 3 séries de capture d'une durée de 30 minutes, chaque séance se déroule dans trois milieux différents (pour la description des milieux, voir plus haut). Tous les individus capturés sont relâchés sur place après identification. Nous notons également les individus volant aux alentours (cf. tableau page 25).

Résultats et discussion

    Au cours de cette sortie et entre avril 1989 et mars 1990, 15 espèces de papillons ont été observées (6 capturées), 3 n'avaient pas encore été notées sur l'île et l'espèce menacée Cyclirius mandersi a été retrouvée.

Les 6 mentions nouvelles pour l'île

    Sur les 6 nouvelles mentions pour l’île aux Aigrettes, deux espèces sont des introduites relativement communes. Elles ne présentent donc guère d’intérêt écologique. Il s’agit de : Catopsilia florella, Danaus plexippus.

    En revanche, les quatre autres sont des espèces autochtones nettement plus intéressantes à préserver  :

Papilio manlius,
Leptotes pirithous,
Hypolimnas misippus,
Lampides boeticus.

    La liste précédemment publiée (STRAHM, 1987), signale que la précédente capture s'était déroulée au cours du mois de juin. Cette époque plus froide expliquerait peut être en partie l’absence de certaines espèces non mentionnées à l’époque et que nous avons trouvé communes en janvier. Des nouvelles espèces décrites ici, seule Leptotes pirithous parait commune (en Janvier). Papilio manlius, Lampides boeticus et Parnara raso sont les plus rares (1 capture). Elles n’ont été observées que dans la zone découverte du nord de l'île (qui n'a peut-être pas été prospectée en 1987 ?).

À propos de Cyclirius mandersi

    Cyclirius mandersi est une espèce proche de l'extinction et qui avait été capturée pour la dernière fois par Wendy STRAHM sur cette même île. La population actuelle est très localisée et présente tout au plus une trentaine de papillons adultes. Signalons que l’île aux Aigrettes est peut-être le dernier site de cette espèce endémique de Maurice. Aux observateurs éventuels nous signalons qu’il est possible de déterminer le Cyclirius en vol et donc qu’il est préférable de ne plus le capturer. En vol, ce petit papillon bleu ressemble à Zizula hilax. Il est cependant plus grand que ce dernier, mais surtout son vol est plus vif. Il se caractérise nettement des autres espèces par son déplacement moins “papillonant”, plus direct et “battu”, du reste, il se pose souvent sur sa plante hôte : la Cadoque Caesalpina bonduc, s’en éloignant rarement. Ces observations conjuguées suffisent à la détermination de cette espèce très rare et pourrait permettre un suivi mensuel quantitatif de la population.
 
Liste commentée

    Les espèces décrites ci-après, sont le fruit d’observations visuelles (au cours de l’année 1989-1990) et d’une séance de capture au filet (20 janvier 1990). Pour chaque espèce citée, une brève indication sur leur abondance est donnée. Les espèces notées avec un * n’avaient pas été mentionnées dans la précédente synthèse des espèces de papillon de l’île (Strahm, 1987).

Amauris phoedon    Semble peu abondant, presque toujours solitaire.
(Indigène)

Catopsilia florella*    2 observations au centre de l'île (à proximité d'un
(Indigène ?)             citronnier).

Danaus plexippus     5 observations (observée 2 fois en train de survoler le
(Introduit en 1895)    bras de mer entre Pointe Jérôme et l'île aux Aigrettes).

Euploea euphon euphon    Semble peu fréquent, jamais d'observations de
(Endémique)                        plusieurs individus.

Eurema floricola ceres    Très commun, dans toute l'île, principalement dans les
(Endémique)                    zones ouvertes.

Cyclyrius mandersi    Espèce endémique dont la seule population
(Endémique)              actuellement seulement connue de l'Ile aux Aigrettes.

Henotesia narcissus    Espèce commune, dans toute l'île, principalement le long
(Indigène)                    des allées et dans les zones de forêts claires.

Hypolimnas misippus*     1 observation d'un individu devant la maison.
(Introduit)

Lampides boeticus    Commun dans les milieux ouverts, semble absent sous
(Introduit)                    le couvert forestier.

Leptotes pirithous*     Une seule capture dans un milieu ouvert, semble
(Indigène)                    absent sous couvert forestier.   

Melanitis leda    Commun, mais jamais abondant.
(Indigène)

Parnara raso*     Un individu femelle est capturé le 20/8/90, dans la
(Indigène ?)         zone ouverte au Nord de l'île.

Papilio manlius*    3 observations entre le 14/9/89 et le 1/10/89.
(Endémique)

Phalanta phalantha     Espèce introduite très commune (observée en train de
(Introduit)                        survoler le bras de mer).

Zizula hylax     Une des espèces les plus communes sur toute l'île.   
(Indigène)     (particulièrement en forêt)


    Nom latin    1987    89/90    Remarque

    Amauris phoedon*                •    +    Occasionnel
    Catopsilia florella*                 -    N    Commun
    Danaus plexippus*                -    N    Très rare (3 observations)
    Euploea euphon                    •    +    Occasionnel
    Eurema floricula*                   •    +    Commun
    Cyclyrius mandersi*              •    +    3 individus capturés
    Henotesia narcissus*           •    +    Abondant
    Hypolimnas misippus*            -    N    Commun
    Lampides boeticus*              -    N    Assez rare
    Leptotes pirithous*                -    N    Commun
    Melanitis leda*                       •    +    Observation occasionnelle en soirée
    Papilio manlius                      -    N    Très rare (2 observations)
    Phalantha phalantha*          •    +    Très commun, dans tous les milieux
    Zizula hylax*                           •    +    Plus répandu sous couvert forestier

Tableau : Synthèse des observations des papillons diurnes
observés sur l’île aux Aigrettes (Florens & Probst, 1990)

    Légende
    * : Espèce capturée ou observée lors de la séance du 20/1/1990 
    • : Espèce capturée par Wendy Strahm (Strahm W., 1987)
    + : Autre espèce observée entre avril 89 et mars 1990
    N : Nouvelle mention pour l'île aux Aigrettes


Bibliographie consultée

NOLET, A. & DESEGAULX, de, 1984. Lépidoptères (Rhopalocères, Arctiidae, Sphingidae) de l'Océan Indien (Comores, Mascareignes, Seychelles). Agence Coop. Cult. Tech., Paris. 1-80.

STRAHM, W. 1987. Réhabilitation of "l'Ile aux Aigrettes" ; Notes sur la faune, éradication du Rat noir, listes préliminaires sur les oiseaux, les papillons, les mollusques terrestres. Conservation de la végétation indigène, listes préliminaires des espèces végétales indigènes, des espèces introduites. Rep. int. to the MWAF, Mauritius.

VINSON, A. 1891. Liste des Lépidoptères connus de l'île de la Réunion. St Denis, 1-20.

WILLIAMS, J. R. 1989. Butterflies of Mauritius. Pailles - Mauritius, 1-40, 6 colour plates.

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