PROBST, J.M. et DÉSO, G. 2001. Fiche « patrimoine naturel à protéger » Le Gecko vert des forêts Phelsuma borbonica. Bull. Phaethon, 13 : 23-25.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 2001, 13 : 23-25.

Fiche « patrimoine naturel à protéger »

Le Gecko vert des forêts Phelsuma borbonica


Jean-Michel Probst * & Grégory Déso *

*B.P. 279 Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane, 97 419 LA POSSESSION

Le reptile décrit ci-après est une espèce de gecko forestier de l’Ordre des Squamates. Il fait partie de la Famille des Gekkonidae qui comporte 85 genres et plus de 800 espèces dans le monde. Le Genre Phelsuma contient 60 taxons dont la plupart sont endémiques d’une île ou d’un Archipel. Le Lézard vert des Hauts ou Gecko vert des forêts est un reptile endémique de La Réunion représenté par deux sous espèces.


Phelsuma borbonica borbonica (© Grégory Déso)

GECKO VERT DES FORETS
Phelsuma borbonica Mertens, 1966
Créole : Lézard vert des Hauts.
Français : Gecko vert de Bourbon.
Anglais : Reunion Island day Gecko.

Synonymie et principales combinaisons.
Phelsuma cepediana borbonica MERTENS, 1966, Senckenb. biol. ,Frankfurt, 47 (2) : 97. (type loc. Le Brûlé - déposé au Muséum de Senckenberg, Francfurt).
Phelsuma agalegae CHEKE, 1975, Mauritius Inst. Bull., Port Louis, 8 : 33-48.
Phelsuma borbonica borbonica CHEKE, 1982, Senckenb. biol.,Frankfurt/M.,62 : 1.
Phelsuma borbonica agalegae CHEKE, 1982 Senckenb. biol.,Frankfurt/M.,62 : 1.
Phelsuma borbonica KLUGE, 1993.
Phelsuma borbonica mater MEIER, 1995, Salamandra, Rheinbach, 31 (1):35. Fig. 4-5.

Distribution dans l’Océan indien.
P. b. borbonica (Mertens, 1966) - endémique du Nord et de l’Est de l’île de La Réunion.
P. b. mater (Meier, 1995) - endémique de la région de Basse Vallée au Sud de La Réunion.
P. b. agalegae (Cheke, 1975) - endémique des deux îles d'Agalega.

DESCRIPTION. Longueur : 114-165 mm. Dimorphisme sexuel peu perceptible (mâle légèrement plus grand que la femelle, coloration plus contrastée et queue parfois bleu turquoise). Adulte. Tête large, bleue et verte avec la mandibule supérieure bordée de rouge, un croissant bleu turquoise surmonté d’une autre bande, rouge à l’avant des yeux ; dessus de la tête, moucheté de petites taches rouges ; cercle orbital vert clair, (bleu ciel dans sa partie supérieure chez P. b. mater) ; iris brun noir ; dessus du corps vert avec deux bandes latérales plus claires, parsemé de taches rouges qui s’épaississent vers la queue ; flancs, vert pâle à blanc, traversés d’une bande mouchetée de rouge ; parties ventrales, vert clair à l’exception du bas-ventre et de la queue jaune orangé (mis à part de rares exceptions, blanchâtres tachetées de gris et de rouge foncé chez la sous-espèce de Basse vallée). La coloration de la queue varie du bleu turquoise au vert pomme ; membres antérieurs et postérieurs, beiges, mouchetés de brun rouge. Juvénile. Légèrement plus petit et de couleur dominante vert pomme plus uniforme sur l’ensemble du corps.

IDENTIFICATION. Le Gecko vert des forêts a un corps trapu, de coloration variable, généralement vert foncé, avec le dessus du dos parsemé de taches rouges et la queue bleu turquoise. Il est possible de rencontrer des individus à dominance parfois bleue ou presque noire. Les individus rouge orangé (principalement au niveau de la tête) sont probablement de vieux individus. La sous-espèce P. b. mater se reconnaît grâce au cercle orbital bleu turquoise et aux parties ventrales blanchâtres mêlées de taches rouge foncé.


Phelsuma borbonica mater (© Jean-Michel Probst)

ACTIVITÉ. Diurne. Généralement localisé en petits groupes de 4 à 10 individus. Le centre du site occupé désigne généralement l’emplacement de la zone de ponte. Les adultes émettent de temps à autre un grincement à peine audible.

REPRODUCTION. La reproduction est constatée toute l’année mais principalement de septembre à mars. Dans les Bas, on enregistre au moins huit à dix pontes par an (peut être plus), de 2 œufs (9-13 x 10-14 mm), blanc pur, de forme plus ou moins ronde et étroitement collés à leur support. On les trouve souvent agglutinés à d’autres pontes dont l’ensemble peu atteindre parfois plus de 200 œufs ; les sites de ponte sont installés dans des endroits très divers : arbres crevassés (Vacoas Pandanus utilis, P. montanus), fissures de rocher, tubes PVC de pluviomètre, panneaux et intérieurs des poteaux utilisés pour la publicité ou la signalisation routière, poteaux télégraphiques et électriques, coffrets d’EDF, intérieurs des maisons, etc. La durée d’incubation varie de 90 à plus de 100 jours. À l’éclosion, les jeunes, mesurent 44-55 mm. Ils sont de couleur gris foncé, mêlés de vert pâle avec une ligne latérale plus claire et recouvert d’une fine membrane blanchâtre, le dessous de la queue varie de l’orange à rouge.

MILIEU. On le rencontre essentiellement dans la forêt indigène humide entre 200 et 1300 mètres et exceptionnellement sur le littoral ou jusqu’à 1600 mètres (un record d’altitude au Maïdo, à 2080 mètres). Des individus sédentaires ont parfois élu domicile dans des maisons, des boîtiers météorologiques en pleine forêt, des blocs rocheux, des poteaux électriques, des panneaux de signalisation routière, etc. Dans les jardins créoles, il semble particulièrement apprécier les Pandanacées et les Palmiers qui servent parfois de site de ponte. Dans le milieu naturel, il apprécie les Vacoas, les Bois de chandelles, Bois maigres, Grand Natte. Localement, on le rencontre sur les Jamrosas. Autrefois distribué dans toutes les forêts de l’île du littoral jusqu’à 1400 mètres, ce gecko est maintenant localisé et circonscrit à des petites zones éparses. Un groupe d'arbres, un ensemble de poteaux électriques, un bloc rocheux particulier, un kiosque ONF, abrite un groupe familial contenant une dizaine d'individus.

ALIMENTATION. Le Gecko vert des forêts se nourrit d’insectes (chenilles et adultes de Lépidoptères, petits Coléoptères, Diptères, Isoptères), d’araignées et de micro-invertébrés.. Il consomme également le nectar des fleurs (Gaertnera vaginata, Chassalia coralioides, Pandanus montanus, P. purpuraescens) et de pulpe de fruits d’espèces végétales indigènes (Pandanus montanus, Eugenia buxifolia, Syzygium borbonicum).

STATUT ET REMARQUES. Espèce endémique de La Réunion, le Lézard vert des forêts fait partie du patrimoine réunionnais à préserver. Il est essentiellement localisé dans le Nord, l’Est et le Sud de l’île (secteur de la Plaine des Chicots à Vincendo). Toutefois quelques sites actuels et un site sub fossile montrent qu’il était présent dans l’Ouest. Il a été trouvé à 10 mètres d’altitude à Basse Vallée et à Sainte Rose, à moins de 100 mètres à la Grande Chaloupe et la Rivière des Pluies. Les records d’altitude sont situés dans le Nord à 1400 mètres à la Plaine des Chicots, à 1420 mètres dans la ravine des Colimaçons et à 1450 mètres à la Plaine d’Affouches. Deux autres sites dans l’Ouest, malheureusement non retrouvés, auraient existé à 1500 mètres dans une ravine dans les Hauts de Saint-Leu et à 1600 mètres sur une planèze dans les Hauts du Tévelave. Il semble préférer les secteurs humides recevant plus de 2 mètres de pluie par an. Il est parfois recouvert par 1, 2 ou 3 petits parasites rouge vif, qui se promènent sur son corps voir à l’intérieur des tympans. Depuis peu de temps le monde scientifique a séparé notre Lézard vert des forêts en 2 sous-espèces endémiques : P. b. borbonica se trouve principalement dans la région Nord et Est de l'île et P. b. mater se rencontre dans le Sud. Le gecko d’Agalega P. b. agalegae est parfois considéré comme une espèce à part entière. Le Lézard vert des forêts est inscrit sur la liste des espèces protégées de l’île de La Réunion (Arrêté ministériel du 17 février 1989).

NUISANCES. La destruction du milieu, la fragmentation des habitats, les feux de forêts, les rats et les chats sont des facteurs limitant les plus important. Localement, au niveau des basses lisières des forêts indigènes, l’Agame arlequin Calotes versicolor et la couleuvre Lycodon aulicus capturent parfois de jeunes Geckos verts des forêts. Les zones de sympatrie avec les autres espèces du même Genre (Gecko vert géant de Madagascar P. madagascariensis et Gecko vert de Manapany P. inexpectata) sont actuellement étudiées. Les espèces semblent se tolérer mais nul doute que les jeunes doivent être, de temps à autre, consommés par des adultes de la même espèce ou d’e l’espèce voisine.

CONSERVATION. Principalement pour la sous-espèce P. b. mater, il serait possible de construire des enclos grillagés anti rat et anti chat dans quelques zones de forêts indigènes bien choisies. On pourrait tout aussi bien mettre en place des zones de ponte protégées. Enfin, suite à une étude de faisabilité, une réintroduction de petites populations pourrait être suivie dans une puis en cas de succès plusieurs zones aménagées et protégées.

CARTE DE RÉPARTITION. Dans les 2586 carrés de 1 x 1km que constitue l’Atlas de répartition de La Réunion, le Gecko vert des forêts a été trouvé dans 111 carrés.

HISTORIQUE. Il semble avoir été décrit pour la première fois par Duméril (in Maillard, 1863) qui signale à son sujet : « Peu abondant : Lézard vert. Platydactylus Cepedianus. Cuv. ».

P. b. borbonica : 85 carrés : N30 ; R53 ; R54 ; R55 ; R36 ; T47 ; V47 ; V48 ; X48 ; X50 ; X51 ; X52 ; Y48 ; Y52 ; Y53 ; Z52 ; Z53 ; AC45 ; AD48 ; AE50 ; AF14 ; AG23 ; AG24 ; AH23 ; AH24 ; AH25 ; AM48 ; AN47 ; AQ29 ; AQ30 ; AQ34 ; AR34 ; AR35 ; AR36 ; AR41 ; AS33 ; AS34 ; AS36 ; AS38 ; AT32 ; AT33 ; AT34 ; AT38 ; AT39 ; AU32 ; AU33 ; AU34 ; AU39 ; AU40 ; AV32 ; AV33 ; AV34 ; AV35 ; AV37 ; AV38 ; AV40 ; AW34 ; AW35 ; AX35 ; BD27 ; BD29 ; BD30 ; BE29 ; BE30 ; BF26 ; BF27 ; BF28 ; BG26 ; BG27 ; BG28 ; BH26 ; BH27 ; BH28 ; BI21 ; BI26 ; BJ20 ; BJ22 ; BJ24 ; BJ25 ; BJ26 ; BK22 ; BK23 ; BK24BM23 ; BM24 ; BM26.

P. b. mater : 26 carrés : AU9 ; AV9 ; AW4 ; AW6 ; AW7 ; AW9 ; AY6 ; AY7 ; AY8 ; AY9 ; AZ2 ; AZ3 ; AZ4 ; AZ5 ; AZ6 ; BA6 ; BA10 ; BB6 ; BB7 ; BB8 ; BB9 ; BC6 ; BD4 ; BD5 ; BD6 ; BG11 ; BH9 ; BH11 ;BI11 ; BJ7 ; BJ9.

REFERENCES. Abhaya & Probst, 1995 ; Anon. 1969 ; Bertrand, 2000 ; Börner, 1972 ; Bour & Moutou, 1982 ; Cheke, 1975a, 1982 ; Lehr, 1992 ; Girard, 1995, 1997 ; Glaw & Vences, 1994 ; Matz & Vanderhaege, 1978 ; Mc Keown, 1996 ; Meier, 1995 ; Meier & Boehme, 1990 ; Mertens, 1966 ; Moutou, 1983 ; Probst, 1995, 1996, 1997, 1998, 1999 ; Probst & Al., 2001 ; Turpin & Probst, 1998 ; Vinson, 1975, 1976 ; Vinson & Vinson, 1969.

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