GUILLERMET, C. ; COUTEYEN, S et PROBST, J.M. 1998. Une nouvelle espèce de reptile naturalisée à La Réunion, l’Agame des colons Agama agama. Bull. Phaethon, 8 : 67-69.

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1998, 8 : 67-69.

Une nouvelle espèce de reptile naturalisée à La Réunion,
l’Agame des colons Agama agama  (Linnaeus)


Christian Guillermet*, Samuel Couteyen* & Jean-Michel Probst*

* Insectarium de La Réunion, Pépinière communale,
Chemin du verger, 97420 Le Port.
Introduction

    Le 5/10/1998, un habitant de la ville du Port indiquait à l’un d’entre nous (CG) l’existence d’un « lézard » différent de notre Agame arlequin Calotes versicolor (Daudin) à la Pointe des Galets. Cette espèce serait installée depuis l’année dernière. Voulant constater de visu cette espèce, (CG) observa le même jour plusieurs individus nettement différents de notre Calotes et jusque-là inconnus des derniers inventaires de reptiles de l’île de La Réunion (Bour & Moutou, 1982 ; Moutou, 1983 ; Probst, 1997).

    Deux jours plus tard, le 7/10/98, (SC) capture 1 jeune individu. Le lendemain, SC, JMP et Sophie Cardelly, nous observons 3 mâles adultes, 4 femelles adultes et plusieurs juvéniles de toutes tailles ; deux femelles, un jeune vivant et un autre mort sont récoltés.

    Les jeunes individus et les deux femelles capturés sont élevés dans trois terrariums à l’Insectarium du Port. Malgré plusieurs tentatives, aucun mâle n’est capturé.


Description de l’espèce naturalisée

    Le mâle, d’une taille nettement plus grande, est immédiatement reconnaissable à ses deux marques rouges : l’une enveloppe la tête et descend jusqu’à l’attache des membres supérieurs, l’autre, plus ou moins étalée, est localisée au milieu de la queue. Le reste du corps est brun, plus ou moins teinté de gris pâle ou de gris foncé suivant l’humeur des individus (photo ci-dessous).




    La femelle est brune teintée de gris, moins foncée que le mâle, avec une bande longitudinale orangée sur les flancs (photo ci-dessous).




    Les sub-adultes et les jeunes ont la tête bariolée de lignes jaunes à vert pâle, parfois avec le dessus de la tête pointillé de vert et avec un trait jaune sur les flancs (photo ci-dessous).



Identification de l’espèce naturalisée

    L’Agame décrit plus haut avec des taches de couleur rouge pour le mâle, les flancs colorés pour la femelle et les traits verts bariolés chez les juvéniles sont caractéristiques de l’espèce africaine Agama agama. Mais de quelle sous-espèce s’agit-il ?

    Appelé Agame des Colons, Agame africain, Margouillat des colons, ce reptile est distribué dans toute l’Afrique (sauf au Nord), et est représenté par 11 sous-espèces. Rien qu’en Afrique du Sud, 5 sous-espèces se rencontrent dans le pays : A. a. aculeata, A. a. armata, A. a. distanti, A. a. atra, A. a. knobeli.

Historique probable de l’introduction

    Étant donné la taille imposante de cet Agame, certains dockers Portois ont reconnu cette nouvelle espèce aux alentours de 1997, d’autres en 1996. Avant de constituer une population identifiable, nous pensons que l’Agame africain a dû passer un moment inaperçu. Les premiers individus introduits auraient donc vraisemblablement débarqué sur l’île quelques temps auparavant, sans doute vers 1995.

    Les individus collectés nous ont permis d’identifier cet agame comme étant d’origine africaine. Il s’agit probablement d’une sous-espèce vivant en Afrique du Sud. Nous nous proposons d’étudier la biologie et la répartition de cette nouvelle espèce de reptile introduit et d’apporter notre contribution à la détermination de la sous-espèce.

    Étant donné sa répartition au Nord-Est du Port, il est probable que des individus se sont embarqués d’un port Sud-Africain et ont débarqué une fois arrivé à La Réunion.

Répartition connue

    La plupart des individus observés semble  concentrée dans la zone aride de la Pointe des galets jusqu’à la Possession. L’essentiel de cette nouvelle population semble circonscrit à une friche littorale. La donnée la plus haute est celle d’un mâle adulte mort qui a été collecté par l’un d’entre nous (JMP) le 15/10/98 sur la route de la Ravine à malheur à 90 mètres d’altitude.

    Plus au Sud, une autre population est isolée, en arrière de l’étang de Saint-Paul. Elle a été constituée par plusieurs individus capturés au Port pendant la nuit puis relâchés dans la nature le jour suivant.

En guise de conclusion

    Cette introduction récente pose une nouvelle fois le problème lié aux espèces introduites. Comment va-t-elle se comporter ? Allons-nous assister à une invasion biologique, à une compétition alimentaire avec les espèces indigènes, à un appauvrissement de notre patrimoine, etc.

    Pour l’instant l’Agame africain ne semble s’intéresser qu’aux milieux arides du littoral aux quelques versants secs de la côte Ouest. Son régime alimentaire est principalement constitué de graines, mais également de fruits, d’insectes et de cadavres (oiseaux).

    Son habitat actuel est totalement dégradé et son seul compétiteur est l’Agame indien Calotes versicolor  une espèce également introduite 120 ans auparavant et distribuée dans toute l’île du littoral à 800 mètres d’altitude.

    Cette rencontre entre ces deux agames est d’ailleurs étonnante puisque l’espèce Agama agama est répandue dans la majeure partie de l’Afrique et Calotes versicolor est répandu dans une grande partie de l’Asie. Vont-ils se partager le territoire de La Réunion, vivront-ils ensemble côte à côte ou est-ce qu’un des deux dominera l’autre ? Dans la zone occupée, les deux espèces ont été observées plusieurs fois non loin l’une de l’autre et aucune démonstration agressive n’a pour l’instant été notée.

Bibliographie

AUERBACH, R. 1988. Reptiles and Amphibians of Botswana. Johannesburg.

BOUR, R. et MOUTOU, F. 1982. Reptiles et amphibiens de l'île de La Réunion. Info Nature 19 : 121-156.

BRANCH, B. 1994. Snakes and other reptiles of southern africa - Field guide. Struik Publ. Cape Town, 1-328.

MOUTOU, F. 1983. Identification des Reptiles réunionnais. Info Nature 20 : 53-64.

PROBST, J.M. 1997. Les animaux de La Réunion ; guide d’identification des oiseaux, mammifères, reptiles et amphibiens. Éditions Azalées, 1-167.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article