Probst, J-M., Morgan, G. & Kershaw, M. 1995. Rapport sur la découverte d’une colonie de “Fouquet“ Puffinus pacificus sur l’île de La Réunion. Bull. Phaethon, 1 : 1-3

Publié le par Jean-Michel PROBST

Bulletin Phaethon, 1995, 1 : 1-3.

Rapport sur la découverte d’une colonie de “Fouquet“
Puffinus pacificus
sur l’île de La Réunion


Jean-Michel Probst*, Geoff Morgan** & Mélanie Kershaw**
*Nature & Patrimoine, 2 Allée Mangaron, Dos d'Ane, 97 419 LA POSSESSION
** St. John’s College & St. Hilda’s college, Oxford University, U.K.

Introduction
   
    L’île de La Réunion abrite six espèces d’oiseaux marins (Barré & Barau, 1982) :
   
    - Le Paille-en-queue Phaethon lepturus,
    - Le Noddi brun Anous stolidus,
    - Et quatre oiseaux de la famille des Procellariidae ou “Fouquet“.

    Ces quatre derniers oiseaux se caractérisent par le fait qu’ils chantent la nuit et nichent dans des terriers. Trois sont endémiques : Puffinus lherminieri bailloni, Pseudobulweria aterrima et Pterodroma baraui. Le quatrième est indigène, il s’agit du Puffin du Pacifique P. pacificus, c’est lui que nous présentons dans cet article.

    Le 15 septembre 1990, une nouvelle colonie de Puffinus pacificus est découverte dans le Sud de l'île, aux environs de Grande Anse. Des renseignements antérieurs indiquent sa présence à Hell-Bourg, Dos d’Ane, le Cirque de Cilaos et Saint-Joseph et une localisation repérable en quatre sites de nidification (Jouanin, 1987 ; Jadin & Billiet, 1979 ; Cheke, comm. pers.) :

    - Dans le Nord, 1 colonie le long de la route en Corniche,
    - Dans le Cirque de Cilaos, 2 colonies entre Pavillon et le Petit Serré,
    - Dans le Sud-Ouest, 1 colonie à Petite Ile,
    - Le site de Grande Anse, décrit ici.

    La découverte de septembre 1990 est intéressante car, d’une part, elle s’accompagne d’une approche de trois jours et, d’autre part, il s’avère que ce site est le plus important de La Réunion, puisqu’il comporte plus de 300 terriers. Notre étude permet de compléter et de préciser les hypothèses émises par Jouanin.

Méthode

    La découverte d'un premier terrier est réalisée par Jean-Michel Probst qui s’adjoint de la collaboration de Geoff Morgan et Mélanie Kershaw pour l’étude du site. Le premier soir, nous réalisons une écoute nocturne pour répertorier les terriers fréquentés. Au matin, nous tentons d’approcher un certain nombre de terriers. Devant l’ampleur du site de nidification, nous choisissons, pour l’étude et le suivi de la colonie, d’en sélectionner 28 qui par leur position au sommet d’un plateau les rendent plus accessibles. Pendant la journée, nous mesurons et cartographions précisément ces terriers en notant précisément leur contenu. Les crevasses, fissures, abris sous roches sont examinés de près. Plusieurs indices de présence sont relevés : ossements, restes de plumes, fientes, odeur caractéristique et empreintes témoignent de la fréquentation plus ou moins ancienne des terriers, ainsi que les cris, manifestations vocales ou contacts visuels attestant de la présence effective d’adultes.

Résultats

    L’étude s’est déroulée du 15 au 17 septembre 1990. Au moment de notre comptage, du 15 au 16, 12 terriers contiennent des indices de présence certifiant le passage récent d'au moins un oiseau. Six terriers sont visités, pendant la nuit suivante, par des adultes chanteurs.

    Les mesures des 28 nids sont prises le 17. Leurs longueurs varient de 45 cm à plus de 2 mètres, leurs largeurs oscillent entre 10 cm et 1,30 mètre, leurs hauteurs entre 10 cm et 60 cm. Les nids sont soit des cavités rocheuses, soit creusés directement sous des rochers. Cinq sont situés en falaise, 14 dans un rempart peu redressé et 9 au sommet du plateau. Parmi les 9 nids les plus accessibles, 3 sont particulièrement intéressants par le fait que l’oiseau est visible de l’entrée.

    Nous attirons l’attention sur le fait que sur les 6 individus observés, 5 avaient le bec clair et non brun foncé (1 seul individu avec le bec brun foncé). Cette coloration pourrait entraîner une confusion avec Puffinus carneipes dont un des critères de détermination en mer est justement le bec clair à extrémité noire. Cette espèce a été observée autour de l’île Ronde (Carl Jones comm. pers.)

    Au milieu de la nuit du 15 au 16/9/90, des cris de Noddi brun Anous stolidus sont entendus, au bas de la falaise, pendant environ une demi-heure.

Discussion et conclusion

    La découverte de ce nouveau site et les observations qui y sont réalisées en septembre 1990 apportent un complément d’information sur la date de reproduction de ces oiseaux. À l’époque, afin de définir la période de reproduction de l’espèce, Christian Jouanin s’était basé sur la découverte de 7 adultes incubant chacun un œuf en décembre 1964, sur la capture de deux jeunes individus en mai 1963 et mai 1964 et sur l’observation d’un mâle avec une plaque incubatrice en octobre 1964. D’après ces renseignements, la saison de nidification devait débuter en octobre (Jouanin, 1987). Ces observations réunionnaises sont en accord avec les observations réalisées sur une colonie malgache (Appert, 1965 ; Milon, Petter & Randrianasolo, 1973) et une colonie mauricienne (Vinson, 1976).

    Toutefois, nos observations des 15, 16 et 17 septembre 1990, indiquent une installation des oiseaux beaucoup plus précoce. Des observations ultérieures nous confirment que l’installation des oiseaux intervient sur ce site, dès la fin du mois de juillet, la ponte intervenant de la fin novembre au début décembre, les premiers poussins en duvet sont visibles dès le mois de janvier et l’envol des jeunes en mars, avril et mai. Le suivi des 3 terriers les plus accessibles en 1991 et 1992 a permis de confirmer une incubation de 50-55 jours (Del Hoyo, Elliott & Sargatal, 1992) et d’observer, chaque année, l’envol d’un jeune par nid. En 1993, ou la nidification n’a pas été suivie de manière régulière, 1 jeune avant l’envol a disparu le 16 mai (prédation par un chien ? par un braconnier ?).

    L’accessibilité et l’importance de ce site de nidification de plus de 300 terriers, en fait un des sites les plus intéressants à étudier.

    Actuellement, la connaissance des sites de nidification des puffins et pétrels reste parcellaire. Elle n’a pas encore fait l’objet d’une prospection systématique. La découverte de plus de 40 colonies nouvelles de Puffinus pacificus et Puffinus lherminieri bailloni sera publiée prochainement dans ce bulletin (Probst, à paraître).

    Prochainement, une étude sur les oiseaux marins devrait également établir une plus juste répartition de ces espèces. Les remparts des ravines de La Réunion offrent de nombreux sites de nidification favorables et il est, par conséquent, possible de trouver encore d’autres sites de reproduction.

    Les oiseaux marins de l'île de La Réunion mériteraient d’être plus étudiés, leur colonies répertoriées et suivies tout au long de l’année. Leur conservation future passe par des données précises sur leur répartition dans l’île (atlas de répartition), l’étude de leur dynamique de population et du taux de prédation des prédateurs introduits. Nous avons la chance d'accueillir 6 espèces nicheuses dont trois sont des oiseaux endémiques de notre île (une sous-espèce et deux espèces). Les dates de reproduction avancées sont certes intéressantes, mais souvent imprécises (Barre & Barau, 1982). Les deux Pétrels endémiques - le Pétrel noir, Pseudobulweria aterrima et le Pétrel de Barau Pterodroma baraui, restent les plus mystérieux car leurs terriers aménagés dans des remparts inaccessibles nous laissent peu de possibilités de les étudier. Nous espérons que ce nouveau site de reproduction de Grande Anse soit efficacement protégé et que les vocations ornithologiques nous permettent de suivre cette colonie de nidification tout au long de l’année.

Bibliographie

APPERT, O. 1965. Découverte de la nidification de Puffinus pacificus (Gmelin) près de la côte ouest de Madagascar. Oiseau Rev. Franç. Orn. 35 : 135-139.

BARRE, N. & BARAU, A. 1982. Oiseaux de la Réunion. 196pp. Imp. Cazal, St Denis, La Réunion.

DEL HOYO, J. ; ELLIOTT, A. and SARGATAL, J. 1992. Handbook of the the birds of the world. Vol. 1. Ostrich to Ducks. ICPB/Lynx Production, Barcelona, 1-696.

JADIN, B. & BILLIET, F. 1979. Observations ornithologiques à la Réunion. Le Gerfaut, 69: 339-352.

JOUANIN, C. 1987. Notes on the nesting of Procellariiformes in Réunion. In Studies of Mascarene Island Birds. A.w. Diamond. B.O.U. Cambridge, 359-363.

MILON, Ph., PETTER, J. J. et RANDRIANASOLO, G. 1973. Faune de Madagascar. XXXV Oiseaux. ORSTOM, Tananarive - CNRS, Paris, 1-263.

PROBST, J-M. (à paraître). Note sur plus de 40 colonies de nidification nouvelles de deux espèces de Procellariformes indigènes de La Reéunion : Puffinus pacificus et Puffinus lherminieri bailloni. Bull. Phaethon.

PROBST, J-M. (in press). The discovery of the first known colony of Barau's Petrel (Pterodroma baraui) on La Réunion. Working Group on Birds in the Madagascar Region – Newsletter.

PROBST, J-M. ; COLAS, P. et DOURIS, H. (in press). Premières photos d'un site de nidification du pétrel de Barau à l'île de La Réunion. Courrier de la Nature.

VINSON, J.M. 1976. Notes sur les Procellariidés de l'Ile Ronde. L'Oiseau, 46 : 1-24.
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